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Dimanche 24 mai 2009 7 24 /05 /Mai /2009 22:09




Prix du Livre Inter, dernière ligne droite !

 

A cette même heure, la semaine prochaine, le lauréat aura été désigné. Choisi par un jury populaire de 24 lectrices et lecteurs, tous unis, tous réunis au terme d’une belle aventure.

 

Belle aventure mais pas de tout repos !

C’est peu de dire que le Prix du Livre Inter a occupé, ces quelques dernières semaines, une large place dans mon temps libre et mes pensées. D’abord, parce que lire 10 romans en deux mois, ça prend du temps et que, bien que bonne lectrice, je n’ai pas pour habitude d’en lire autant en si peu de temps ! Mais surtout,  parce que lire un roman est une chose, mais le lire dans le cadre d’une sélection et avec pour objectif de décerner un seul et unique prix en est une autre. A chaque fin de lecture, mais bien souvent en cours de lecture également, votre esprit ne peut s’empêcher de comparer le roman en cours à ceux qui l’ont précédé. Et ce, malgré une volonté forte de considérer chaque roman, chaque récit dans son entité, dans son identité. Et le comparer, mais le comparer à quoi ? Ils sont tous si différents (et heureusement !), si unique. Ce qui fait qu’au début, à chaque fin de lecture, chaque roman détrônait le précédent ! Cela doit s’appeler le manque de recul, peut être ! Sans compter la peur de l’oubli ou celle de passer à côté du message de l’auteur, de ses qualités d’écriture.

 

A l’heure où j’écris ces lignes, après lecture, relecture parfois (mais pas tout, loin de là !), après maintes réflexions, tergiversations sur chaque roman mais aussi sur mon rapport à la lecture, j’ai un peu plus de recul mais j’ai surtout choisi de laisser parler mon cœur, mes émotions. Je pense que c’est peut être tout simplement pour cela que nous avons tous été choisi : être nous même.


Et à ce petit jeu là, au vu d’une sélection si belle et si variée, et au vu d’un jury que je trouve très hétéroclite*, je n’attends qu’une chose : que l’heure des débats sonnent, qu’ils soient longs et passionnés, riches de ce que nous sommes, nous, anonymes lecteurs, et riches surtout de nos lectures qui nous font.

 

« Écrire pour être moins seul. Pour parler à mon semblable. Pour chercher les mots susceptibles de le rejoindre en sa part la plus intime. Des mots qui auront peut-être la chance de le révéler à lui-même. De l'aider à se connaître et à cheminer. »

 

Charles Juliet

 

  * Je pense notamment à un prof d’histoire géo qui a du bien s’amuser avec le tour du monde que nous avons fait !

 

A l'antenne, les dix auteurs nous parlent de leur roman, par ici

 

Par Sandra B - Publié dans : Prix Inter 2009
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Vendredi 22 mai 2009 5 22 /05 /Mai /2009 22:29

 

           


             Décidément, on voyage beaucoup avec cette excellente sélection du Prix du Livre Inter.

 

            Après La Bretagne de Tanguy Viel, La Corse de Christian Oster, le bassin Méditerranéen dans l’oeuvre magistrale de Mathias Enard, L’Afrique de Patrick Deville, l’Amérique du Sud d’Olivier Rollin, j’achève* mon beau périple avec, soyons fous, un tour du monde, rien que ça, en compagnie de Jean Rollin, le frère d’Olivier, sur les traces des chiens féraux, de l’adjectif anglais feral  qui désigne un animal domestique retourné à l’état sauvage.

 

             A mi chemin entre un reportage éthologique et un carnet de voyage, « Un chien mort après lui » traque le chien redevenu sauvage du Turkménistan à la Russie, en passant par la Thaïlande, le Mexique, l’Egypte, le Liban, les USA, Haïti  ou l’Australie où il évoque notamment les chiens Dingo et la clôture érigée par les éleveurs pour en protéger leur bétail. Jean Rolin parsème son récit de rencontres et de réflexions littéraires, évoquant notamment de grandes œuvres qui regorgent de références sur les chiens errants habituellement associés à la guerre, la pauvreté, la désolation, telles l’Iliade (encore !), le livre des Roi, Tolstoï, Melville ou Malaparte.

 

« Il n’y a pas de voix humaine, écrit de son côté Malaparte, qui puisse égaler celle des chiens dans l’expression de la douleur universelle. Aucune musique, pas même la plus pure, ne parvient à exprimer la douleur du monde aussi bien que la voix des chiens ».

 

* Cette petite astérisque pour un tout petit mensonge : J’ai, en réalité, lu ce « récit »  passionnant au tout début de la sélection, ce qui m’a permis de déceler quelques citations à propos des chiens errants dans les autres romans de la sélection, tels :  

 

Equatoria –Patrick Deville – page 34- «  La vie nocturne de Lambaréné [Gabon] est des plus réduites. A cette heure-ci, les estaminets du marché comme La Joie du Peuple au Port sont depuis longtemps cadenassés, la place abandonnée aux chiens errants et nettoyeurs, qui s’arrachent des bouts d’hippos ou de crocos »

Traques – Frédérique Clémençon – page 66 – ELISABETH « Parfois, certains souvenirs vous sautent à la figure. Comme des chiens. » & page 71 – ANATOLE « …des maisons à hauteur d’enfants nichées sous les branches lourdes des frênes et des aulnes formant au dessus d’elles une seconde toiture de sorte qu’on les distinguait à peine ou qu’on les prenait quelquefois pour un talus, un animal endormi, félin ou chien sauvage, il nous arrivait d’en voir rôder près des usines, solitaires, inoffensifs, craintifs même, efflanqués, qui ne semblaient pas chercher autre chose que de la nourriture, et notre compagnie, peut être, Sofia disant ils sont comme nous, ne les chassons pas. »

 

Un petit bémol toutefois qui n’enlève rien à la qualité de ce livre : Pour moi, mais ce n’est que mon humble avis, « Un chien mort après lui » relève d’avantage de l’enquête (émaillée de citations littéraires et de rencontres de voyages, soit) que d’un véritable roman. Mais, après tout, qu’est ce que le roman ? Peut être en débattrons nous très bientôt (!!!!) autour de la Table Ronde ?

Par Sandra B - Publié dans : Prix Inter 2009
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Mardi 19 mai 2009 2 19 /05 /Mai /2009 23:35



C’est à un drôle de road movie que Christian Oster nous invite : trois hommes, trois hommes seuls donc, aussi bancals que l’attelage qu’ils trimballent au fond de leur coffre.

Serge Ganz, le narrateur, reçoit un coup de téléphone de son ex petite amie, Marie, « qu’il ne pratique plus depuis deux ans ». Elle l’invite à venir la rejoindre pour les vacances à Barretone en Corse où elle a refait sa vie, et de lui rapporter une chaise à laquelle elle tient et qu’elle a oublié lors de son départ. Il décide de s’y rendre, accompagné de deux compagnons, Marc, qu’il « pratique seulement depuis trois mois, exclusivement sur un court de tennis » et Kontcharski, un ami de ce dernier, ex funambule de cirque, qu’il ne connaît donc pas encore. Le trio bancal s’embarque donc un beau matin à destination de l’île de Beauté, avec, brinquebalant, calés tant bien que mal dans leur coffre, la petite chaise donc et le câble de Kontcharski dont il ne sépare jamais.

Une histoire banale somme toute mais la petite musique de Christian Oster  a le don de transformer l’ordinaire en extraordinaire. Elle nous invite dans cette voiture, on est derrière, le narrateur se retourne sans cesse pour vérifier qu’il ne nous a pas laissé sur le bord de la route. Et c’est avec nonchalance, désoeuvrement que l’on s’installe en compagnie de ces trois hommes attachants qui apprennent à se « pratiquer » dans le huis clos de ce voyage en voiture, puis sur le ferry qui les mène en Corse.


Christian Oster, que personnellement j’avais déjà « pratiqué » donc dans « Mon grand appartement » aime les anti-héros, les solitaires, les taiseux, ces hommes bancals qui se font quitter, qui se cherchent à tout instant,  épient le hasard, prennent le temps.

 

Son écriture est économe, va à l’essentiel, mêle dialogue et narration , laisse des blancs parfois que le lecteur doit combler, le sourire aux lèvres, qui plus est,  car Christian Oster, mine de rien, manie l’humour à la Prévert, par petites touches, parfois bien hilarantes quand il s’agit par exemple de « savoir comment procéder, lorsqu’on roule à bord d’une voiture dont on ignore la couleur, pour prendre sans sortir de la voiture, connaissance de  cette couleur. » Question cruciale et déterminante pour savoir si la femme du métro est bien celle de l’autoroute, pour Marc,  ou celle de l’abat jour pour Serge !

 

Au bout de ce voyage, ces hommes seuls sont toujours aussi seuls. A moins que. .. Mais le lecteur en tout cas a passé quelques heures délicieuses, calé, brinquebalé entre une chaise et un câble de funambule.

 

un extrait par ici

Par Sandra B - Publié dans : Prix Inter 2009
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Dimanche 17 mai 2009 7 17 /05 /Mai /2009 18:52




Le Narrateur, Pierre, photographe d’une agence parisienne, part au Kenya reconnaître le corps de son père, Michel, qu’il n’avait vu auparavant qu’une fois. C’est sur les traces de ce père absent, ex soixante-huitard qui s’est exilé il y a près de trente ans à Kibera, au cœur de la misère  d’un des plus grand bidonville d’Afrique, que l’auteur nous entraîne. Mais à cette quête des origines filiales, se superposent des voix d’outre tombe, des voix de fantômes, telles celles des chœurs des tragédies antiques, celles des morts qui racontent l’histoire de ce pays fabriqué autour de la ligne de chemin de fer construite par les anglais à la fin du  XIX siècle, des spoliations, des injustices de la colonisation.

 

Ces voix accompagnent le narrateur qui au bout de son voyage initiatique respectera le dernier vœux de son père : une mort selon le rituel des Kényans,  l’exposition du corps en plein air, pour être dévoré par des oiseaux prédateurs.

 

C’est par de courtes scénettes, de courts chapitres, sans dialogue ni épanchement sur la psychologie des personnages que Stéphane Audeguy aborde l’histoire entremêlée du narrateur et celle du Kenya. Mais à force de détachement,  justifié peut être par une quête qui dépasse celle des vivants, on ne s’attache malheureusement pas suffisamment ni à l’histoire, ni aux  personnages.

Par Sandra B - Publié dans : Prix Inter 2009
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Mercredi 13 mai 2009 3 13 /05 /Mai /2009 21:10


 

Comment parler d’un tel roman ? En commençant par la forme peut être : Zone n’est qu’une seule et unique phrase, sans majuscule ni point, uniquement entrecoupé de trois chapitres ponctués, trois chapitres d’un livre que lit le narrateur, roman intercalé dans le roman donc, et deux pages d’un manuscrit perdu de Francesc Boix, photographe espagnol républicain déporté à Mauthausen  qui a témoigné au procès de Nuremberg.

De la forme au fond, il n’ y a qu’un pas, ou plutôt 500 pages (516 exactement) comme autant de kilomètres que parcourt en train le narrateur, Francis Servain Mirkovic, espion, agent secret français,  entre Milan et Rome, par une nuit d’hiver, le 8 décembre 2004, avec une mallette  remplie de documents secrets qu’il doit vendre le lendemain à un émissaire du Vatican pour ensuite changer de vie et endosser l’identité d’un ancien camarade, actuellement interné en hôpital psychiatrique, Yvan Deroy.

Tout au long du voyage, c’est d’une seule phrase donc, les souvenirs de Francis Servain Mirkovic, qui se rappelle ses années d’espion dans la Zone-le bassin méditerranéen- ainsi que plus tôt, en 91 92, ses années d’engagement dans le conflit auprès des croates en Ex-Yougoslavie, ses deux épisodes de sa vies entrecoupés d’une longue errance de plusieurs mois à Venise où il faillit se suicider.

Que dire d’abord sinon que sans le challenge du Prix du Livre Inter, je n’aurais sûrement pas dépassé les 100 premières pages où je me suis tout d’abord arrêtée, intercalant ma lecture par celle d’un autre roman de la sélection, avant de la reprendre. La tentation était forte de me dire que cette lecture n’était pas pour moi, l’absence de ponctuation, les éternels errements de la pensée du narrateur qui d’un mot nous entraîne tantôt vers son passé où il dérive, tantôt vers les plus grands conflits méditerranéens du XXème siècle, tantôt vers l’évocation des légendes homériques, une porte en ouvrant aussitôt une autre, sans virgule bien souvent, sans point surtout, sans respiration. Mais une fois les 100 premières pages (relues donc !) et dépassées, c’est un mélange de dégoût, d’effroi mais aussi et surtout de fascination que ce roman a exercé sur moi. 

Dégoût et effroi car le narrateur ne nous épargne rien des atrocités de la guerre, de sa guerre surtout, où il a commis les pires exactions, et ses souvenirs sont éclaboussés d’évocation des pires monstres de l’histoire :  Millán Astray notamment et de  nombreux bouchers SS.  

Mais fascination aussi et surtout par la grâce et la poésie (malgré les nombreuses horreurs qui jonchent le récit) de l’écriture de Mathias Enard et par toutes les petites ou grandes histoires, fictives ou historiques, qui foisonnent tout au long de ces 500 pages. On y croise Francesc Boix, donc, dont j’ignorais tout de la vie, on y croise de nombreux écrivains également qu’il lit où évoque à la faveur d’un séjour dans telles ou telles villes : Cervantès, Lawrence Durrell, Jean Genet, William Burroughs,  Malcolm Lowry, Joyce, ainsi que des auteurs antisémites Bardèche, Brasillach ou Céline. Le narrateur évoque également les trois femmes de sa vie - Marianne, Stéphanie et Sashka – sa mère pianiste, son père, bourreau malgré lui pendant la guerre d’Algérie,  qui lui construisit jadis un immense circuit de train électrique (qui préfigure peut être ce voyage), ses deux compagnons de guerre en Croatie et des personnages fictif d’un roman d’un auteur Libanais, que nous suivons pendant trois chapitres et dont l’histoire bouleverse le narrateur («  parfois on tombe sur des livres qui nous ressemblent, ils nous ouvrent la poitrine du menton au nombril » ) 

En lisant Zone, on pense au roman ferroviaire par excellence (et de surcroît sur la même ligne Paris Rome ) : La modification de Michel Butor bien sûr, (quel souvenir de lecture !), bien que ce roman ne soit, à mon avis,  jamais évoqué (mais j’ai pu sauté quelques mots hum hum en 5OO pages si denses !!!), on pense à l’Iliade, à l’Odyssée, où l'on voit les héros troyens et les dieux, comme le chœur antique des tragédies grecques, faire très souvent contrepoint aux guerriers, victimes, bourreaux de ces multiples conflits évoqués et aux femmes qui peuplent les souvenirs du narrateur.  

Un roman magistral, sujet à débat bien sûr, un roman qui me dépasse mais dont je n’oublierai sûrement pas certaines scènes, certains passages, morceaux de puzzle qui peu à peu forment un tout … un rêve que le narrateur fait dans le train,  mise en abyme du roman, l’évocation d’une boîte de nuit à Beyrouth, implantée à l’endroit et sur le thème (puisque les tables sont des cercueils) d’un des tout premiers massacres de la guerre civil en 1976, la tuerie d’un cochon en plein conflit croate, des pages pleines d’ironie sur l’éternel pape Jean Paul II, l’histoire d’un duc privé de son titre par l’histoire car duc d’Auschwitz dont le château est un lieu de mémoire d’un massacre auquel sa propre mère fut complice, et tant d’autres…Inoubliable oui sûrement…et donc très heureuse que le prix du Livre Inter m’ait donné à lire un tel roman…

 


Par Sandra B - Publié dans : Prix Inter 2009
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