Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

M'écrire

Archives

7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 21:53

                Les cloches sonnent, une note à la fois, mais ce n’est pas ça qui vous ferait tressaillir, vous les entendez de bien plus près parfois, elles ne vous réveillent même plus.

             Les cloches sonnent, mais il y a encore du silence au bout de leur résonance. Vous avez le temps.

             Le temps de sentir le vent qui se lève enfin et qui dépose une poussière sèche dans votre toison noire, le temps de vous asseoir sur la pierre chaude du vieux pont et de passer votre patte humide de salive derrière votre oreille, le temps de voir les derniers rayons d’un soleil qui abdique s’accrocher à vos moustaches et disparaître dans l’eau qui bouillonne en contrebas.

            Plus loin, sur la place, vous passerez, nonchalant, entre des jambes dénudées, nouées, variqueuses,  des pantalons de grosse toiles, grises ou noires, groupés par grappe de deux ou trois paires ; vous éviterez soigneusement le balancier des cannes qui s’interpellent de groupe en groupe, flagellent l’air ou pointent du bout de leur caoutchouc râpé tantôt le sol craquelé, tantôt le ciel d’ardoise, tel une règle en bois devant le tableau noir, servant aux plus jeunes, un bouquet de jeans délavés qui font le pied de grue quelques mètres plus loin sur le parvis, la plus vieille leçon qui soit : celle de la gravité.  Et tient justement, vous glisserez sous un coffret en chêne qui s’élève lui, porté à hauteur de hanche par quatre paires de pompes funèbres, tandis que les cloches s’affoleront enfin. La robe blanche de votre maître s’encadrera devant la lourde porte en chêne qu’il maintiendra légèrement ouverte de la main droite dans son dos. Vous vous faufilerez dans le petit entrebâillement grinçant tandis que vos pupilles se dilateront en deux cercles parfaits dans la pénombre fraîche de la vieille église pour se fixer sur l’osier de la chaise basse placée en épi entre l’ogive de la porte et la première colonne.

            D’un bond, vous vous y loverez, pelote noire, déjà endormie, où s’enrouleront les fils de l’histoire.

Partager cet article
Repost0

commentaires

S
oui avec ce temps il n'y a que ça à faire...et se munir de belles pages...
Répondre
E
On se réveille doucement et on suit le tapotement des pattes du matou, fil à la patte de l'histoire, jusqu'à grimper sur l'osier qui craque... Tout ça me donne envie d'aller me rouler en boule sous la couette! (ce que je m'empresse d'aller faire d'ailleurs!):)
Répondre