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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 23:03

 

 


               Il fait beau et on est samedi. Deux choses si rares ensemble en ces contrées humides du nord de la Loire, surtout en mars. Mais Bashung est mort depuis une semaine et il flotte dans l’air matinal de ce samedi ensoleillé comme un jeu de mots qui sonne faux.

           

             Vous vous préparez pour aller sur le marché, à deux pas, au bout de la rue. Besoin d’une brève escapade, d’un prétexte pour goûter la lumière froide sur votre visage, emmitouflée dans votre cape. Vous mettez de l’eau à frémir pour le riz d’une salade qu’il vous faut préparer pour un dîner commun le soir même et délibérément laissez tourner « Chatterton » en continu dans la maison vide, pour qu’une présence vous accueille à votre retour.

            Dans la rue, vous snobez de votre nonchalance de riveraine le ballet des voitures du samedi qui se garent en double file. Votre panier sous le bras, votre cape mise de travers, les cheveux mouillés, pas maquillée, pas réveillée, peu vous importe. A  l’étal rouge des fruits et légumes, une queue désordonnée, l’étal est long, d’un côté les fruits, de l’autre les légumes, vous ne savez jamais dans quel sens la prendre ni s’il est légitime que vous mélangiez le sucré et le salé dans votre panier selon l’endroit où vous vous trouvez. Vous vous mettez un peu  à l’écart, côté légume, pas pressée, engourdie de sommeil, de soleil, des mots tissés qui ont accompagné votre petit déjeuner et votre départ et que vous savez résonner seuls dans la chaleur de votre maison vide.


            Vous ne remarquez pas que vous perdez votre tour, peut être deux ou trois fois. Vous ne le remarquez pas non plus, jusqu’à ce qu’il vous parle. Allez y, passez devant moi, il va falloir quand même qu’on se décide… vous bredouillez un non, non, allez y…enfin vous ne savez plus, vous bredouillez quoi, c’est vos premiers mots de la journée. Il vous répond, je n’aime pas faire la queue, vous lui souriez, moi non plus, vous êtes liés par ce soleil, cette disponibilité…car oui vous vous souvenez, vous lui dîtes que vous avez toute la matinée devant vous, il vous répond moi aussi. Le vendeur s’adresse enfin à lui qui se tourne vers vous …la galanterie quand même. Vous lui souriez, vite,  et bredouillez au vendeur un concombre et …une botte de radis, qui vous fait envie.  Derrière vous, il répète ah oui une botte de radis, que le vendeur oublie de vous remettre, vous parlez si bas…Vous payez avec un jeu de mots facile sur la note allégée des radis que, elle, vous voulez bien et au moment de partir, vous vous tournez vers lui, lui souhaitant une bonne journée.


            Vous avez oublié son visage, un charme certain, mais déjà vous ne savez plus. Le reconnaîtriez vous en dehors du marché ou si par chance il vous arrivait de le rencontrer à nouveau devant le stand rouge ?  Vous vous éloignez, encline à demeurer un peu sur le marché, mais il y a votre riz qui bout…Alors tout doucement vous rebroussez chemin, comme les héroïnes de Christine Montalbetti dans ses « Nouvelles sur le sentiments amoureux ».


En franchissant la porte de votre cuisine, la voix de Bashung vous accueille :


« …ou un concours de circonstance qu’aurait engendré ce paysage désolé…de n’être pas resté. »


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commentaires

S
Oui j'aime particulièrement cet album
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Y
Si en plus tu aimes Bashung, qui plus est un album moins connu que les autres (qui fat partie de mes préférés) ...
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