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17 mars 2007 6 17 /03 /mars /2007 20:30







 




Un homme vit dans votre grenier.

Non, dors dans votre grenier. C’est pire : bien plus difficile à déloger. En pleine nuit, un simple arrêt d’expulsion ne suffit pas, il faut surtout du courage : Le courage de s’arracher à sa couette, de se saisir de sa lampe torche et de grimper les escaliers extérieurs quatre à quatre pour espérer le surprendre en flagrant délit de squat. Espérer, c’est bien le mot, et vous savez bien que ce verbe d’état ne se transformera jamais en verbe d’action. Cet homme-là le sait aussi, allez,  c’est bien pour ça qu’il vient vous narguer la nuit. En même temps, il ne vous nargue pas vraiment, il faut bien le reconnaître ; il se fait le plus discret possible, à peine relevez-vous sa présence certains soir à quelques craquements intempestifs du plancher ; mais jamais au même endroit.

 

Au tout début, il y a quelques mois de cela, vous aviez bien pensé à un hérisson. N’avez-vous jamais remarqué à quel point le pas d’un hérisson est proche de celui de l’être humain ? Incroyable cette similitude sonore quand on considère la taille des pattes. Seulement, la seule expérience auditive que vous avez du pas du hérisson, c’est dans un champ d’herbes hautes ; pas dans un grenier. Et il vous faut bien reconnaître que cette similitude, même si elle vous surprend – mais vous en avez déjà été le témoin- s’arrête au son et non au bond. Bien que pourvue d’une imagination débordante, et même si l’idée vous fait sourire, vous n’allez tout de même pas jusqu’à vous représenter  un hérisson en train de grimper un escalier…sans contremarche. Par conséquent, vous aviez vite abandonné cette hypothèse et déduit logiquement : si ce n’est pas un hérisson, c’est donc forcément un homme ; mais un homme plein de retenue et de discrétion, pas le genre d’homme à venir vous violer en pleine nuit. Pensez, depuis le temps, il aurait eu maintes fois l’occasion.

 

Parce ce que ça fait un paquet de temps que ça dure ce p’tit manège des bruits contenus la haut. Jusqu’à l’entrée de l’hiver, vous mettiez ça sur le dos, ou plus exactement sur les pattes de votre chat. Sauf qu’en novembre dernier, votre chat est mort, écrasé par une voiture. Le coup du chat revenant d’entre les tombes pour hanter vos nuits, faut quand même pas exagérer, ça ne vous a même pas effleuré l’esprit. Quoique…Au début, un peu quand même ; pas si facile de se défaire de l’habitude d’un chat ; on l’entend miauler soir et matin, on le voit réincarné partout (pensez, un chat de gouttière beige clair !). Alors, de là à l’entendre traîner ses coussinets dans votre grenier, il n’y a qu’un pas. Seulement voilà, aujourd’hui, vous avez fait le deuil de votre chat, allant même jusqu ‘à reconnaître certains avantages à sa tragique disparition : vous allez enfin pouvoir redonner un coup de ponçage à votre table de jardin en bois, sans craindre que votre chat ne veuille mettre la main à la pâte (ça part d’un bon sentiment, notez)  dès le lendemain par un coup de ponçage très personnel. Oui, aujourd’hui, vous avez fait le deuil de votre chat, mais le bruit, lui,  est toujours là.

 

Bien sûr, vous avez, c’est légitime, également songé au pire : à la folie. (Ou à un début de folie, n’exagérons rien) ; vous avez même, un certain soir de doute profond, été jusqu’à relire  « le Horla »,  que vous avez dévoré puis refermé à une heure avancée de la nuit. Ca vous a rassuré (un tant soit peu)  sur votre santé mentale, soit, mais ce soir-là les bruits discrets se sont fait plus discrets que d’habitude, plus discrets, mais aussi plus fréquents, accréditant aussi sec l’hypothèse la plus plausible (après avoir écarté celle du hérisson, du chat et de la folie) : celle d’un homme qui dors dans votre grenier. A croire, ce soir-là,  que cet homme-là savait ce que vous étiez en train de lire et se jouait de vos nerfs. Peut être a-t-il même été jusqu’à percer un trou dans le plafond de vote chambre ? Vous y avez songé, à ça aussi. C’est chose courante depuis « Petits meurtres entre amis ».

 

En même temps, il ne vous ennuie pas plus que ça. Il respecte votre sommeil, lui au moins ; pas comme vous, susceptible de vous réveiller à n’importe quelle heure de la nuit, d’allumer la radio, la lumière, et de tourner les pages d’un livre. Y’a pas plus agaçant que le bruit des pages que l’on entend crisser irrégulièrement (surtout, si l’insomniaque pique du nez dessus) quand on cherche le sommeil à coté. A côté ou au dessus. C’est pareil.

 

Non, il ne vous ennuie pas plus que ça ; il respecte vos nuits mais surtout vos journées,  puisque certains matins, prise d’un brusque accès de courage, vous êtes montée vérifier aux aurores s’il n’était pas encore vautré sur l’un de vos deux fauteuils en osier, remisés là-haut pour l’hiver. Non, l’est toujours parti avant.

 

Sauf un matin, tiens. Un dimanche matin, plus exactement, vers 7h30. Un bruit effroyable vous a réveillé. Vous vous êtes redressée en sursaut dans votre lit, tétanisée, incapable d’allumer votre lumière ni de faire quoique ce soit. Il se sera réveillé trop tard, vu le jour palot qui filtrait dans le bas de la porte, et se sera redressé précipitamment, comme pris en faute, (comme s’il ne savait pas que le dimanche matin il pouvait dormir une heure de plus sans éveiller vos soupçons),  provoquant derechef le chahut qui vous avait réveillé, juste au dessus de votre chambre. Vous êtes restée de longues minutes immobile, prostrée, puis, dans le silence revenu, vous vous êtes à nouveau enfouie sous la couette, incapable de mouvoir vos jambes en coton jusqu’ à la cuisine pour assister planquée derrière la fenêtre à sa fuite effrénée à travers le jardin. Quelques heures plus tard, vous aviez constaté les dégâts  du choc du plafond : la vieille armoire  de votre chambre, dont la porte ne ferme plus depuis bien longtemps, avait déversé son trop plein de cadeaux de Noël sur le sol ; heureusement que votre fils n’était pas là ce matin là.

 

N’empêche, depuis ce jour où vous auriez pu facilement le confondre, les bruits n’ont pas cessé pour autant ; des bruits tout en discrétion, tout en retenue, mais des bruits quand même. A croire que vous avez signé tacitement un pacte de bon voisinage : vous acceptez sa cohabitation nocturne, contre quoi il se fait le plus discret possible. Après tout, pourquoi pas ? Au moins, cet hiver, à votre corps défendant, vous aurez fait une bonne action. Et puis, vous, vous n’êtes pas trop tatillonne quant à la date d’expulsion. L’été s’en chargera bien assez tôt, allez, quand il ne pourra plus tenir dans cette étuve, et quand, excédé par tout ce bois de charpente qui travaillera, il n’aura d’autre choix que de déguerpir…jusqu’à l’hiver prochain. 

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commentaires

B
et si c'était vrai   ???j'aime beaucoup ce texte...
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S
Eh eh le doute plane
H
Alors, là, j'adore ce texte !  Bravo ! <br />  <br />  
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S
Merci Holly !Je me suis beaucoup amusé à écrire ce texte !!! J'aurais souhaité mettre encore plus l'accent sur le côté paranoïa du narrateur...
L
et si c'était un vieil hiboux !!!Joli mystère....
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S
Pourquoi vieil  ;-)