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24 mars 2007 6 24 /03 /mars /2007 23:49










 

Mmmm cette nouvelle année commençait bien.

 

5 janvier et  elle était déjà là à se morfondre devant sa théière à l’idée de ce rendez-vous dont elle était pourtant l’instigatrice.  Envolées ses bonnes résolutions d’assurance, d’optimisme et de confiance en soi qui au soir du 31 décembre n’avaient admis aucune clause dérogatoire.

La journée avait pourtant fort bien commencé. Elle s’était éveillée en sifflotant l’un de ses airs favoris du moment. Une chanson de Camille passait à la radio et la douce folie poétique de sa voix s’était peu à peu emmêlée à ses pensées somnolentes : «  Hé  petite fille ! Tu bois de l’eau et tu es saoule. Là où tu te noies tu as beau avoir pied tu coules au port, au port… » Mais bien sûr, la chanson fut coupée avant la fin pour mieux permettre au chroniqueur de reprendre la longue litanie des disfonctionnements de notre société : le froid qui tue les sans-abri, la faim qui tenaille les estomacs, l’essor du chômage et de la pauvreté qui côtoient par le hasard des transitions médiatiques les luttes pour le pouvoir de nos responsables politiques et le déboulonnage de leur intégrité quand éclatent au grand jour leurs malversations crapuleuses. Suivant à la lettre les conseils d’égoïsme d’une amie, elle fit aussitôt taire le brouhaha radiophonique pour prolonger en silence quelque rêve éveillé, le froissement de la couette en fond sonore.

Au sortir de sa chambre, elle prit soin d’éviter dans l’embrasure de la porte les épinettes du sapin enguirlandé qui commençait sérieusement à se défraîchir.

Douchée, habillée en un tournemain, sur le petit air vivifiant qui trottait toujours dans sa tête, elle dédaigna ses nouvelles bottes au profit d’une vielle paire de chaussures plus confortable. Qu’elle idée aussi de les avoir achetées avec de si hauts talons ! Elle n’oserait jamais mettre ça pour aller au travail, elle qui aimait tant se mouvoir dans la discrétion.  Elle réveilla son fils en douceur et gagna la cuisine où l’attendait sur la table la promesse d’un petit déjeuner préparé la veille au soir. Encore une belle résolution de femme organisée, de mère parfaite, qui  ne ferait certainement pas long feu !

Son fils babillait et chantonnait à ses côtés tandis qu’elle jeta un vague coup d’œil à son tout nouveau calendrier qui trônait au dessus de la table, déjà émaillé par ci par là de sa plus belle écriture. (Pour combien de temps !)

 

 Jeudi 5 : 17h00 Rdv Fabien D.

 

Fabien ...Elle n’avait pas songé à lui une seule seconde pendant la trêve des confiseurs, tout à la joie de fêter  Noël cette année avec son fils, et soulagée que leurs relations conflictuelles mère enfant se soient enfin apaisées.  

Fabien…Elle l’avait  évincé de sa vie fin novembre dans un brusque accès de colère. A quoi bon ? Le suivi psychologique qu’elle avait entrepris avec lui depuis plus d’un an maintenant pour tenter de comprendre le comportement actif et impulsif  de son fils n’aboutissait à rien. Séance après séance, le jeune psychologue les accueillait presque froidement, posait deux, trois questions de routine sur les derniers événements qui avaient ponctué la vie de l’enfant, l’observait calmement, souriait à ses paroles avisées et s’étonnait de  son vocabulaire si riche. Puis il demandait à rester quelques minutes seul à seul avec son fils, tandis qu’elle retournait dans la salle d’attente, attentive à la voix rauque de l’une des femmes de ménage qui oeuvraient à cette heure tardive dans les locaux du Centre Social situé un étage plus bas. Elle percevait au loin la voix aigue de son enfant temporisée par celle, apaisante, de son compagnon de jeu improvisé. La porte grinçait soudain, des petits pas trottinaient, son fils venait à elle, tout sourire, lui prendre la main pour la ramener vers le cabinet. Puis, ils repartaient, un petit carton à la main, vers d’autres conflits, jusqu’au prochain rendez-vous. Séance après séance, elle s’était sentie de plus en plus isolée, écartée de ce couple qui fonctionnait à merveille. Son fils s’apaisait au contact de cet homme qui ne voyait pas, lui semblait-elle, sa détresse croissante. Son malaise s’était peu à peu mué en colère, et un beau jour, elle avait pris une décision tranchante : Elle s’était adressée à son secrétariat pour annuler la prochaine consultation et mettre fin à cette mascarade de soutien psychologique, qui ne pouvait que desservir l’avenir de son fils. Il l’avait rappelé, peu de temps après, la laissant libre de ses choix, lui signifiant toutefois, en bon professionnel, que sa porte restait ouverte.

 

Elle s’était alors adressée à un autre psychologue, une femme cette fois. Saurait-elle mieux percevoir l’hyperactivité de son fils, qui par ailleurs posait question dans l’entourage proche de l’enfant ? Saurait-elle mieux percevoir son désarroi de mère qui se débattait quotidiennement face à ces doutes, sa culpabilité, son envie de se désengager parfois. Sitôt introduite dans son cabinet, poussant doucement son enfant devant elle, elle comprit. Elle comprit que l’enfant n’y aurait jamais sa place, elle compris que l’enfant n’était qu’un prétexte, enfant carbone, enfant buvard de sa propre détresse. Elle comprit qu’elle s’était enferrée dans ses propres convictions pendant ces mois  où elle se croyait forte portant l’enfant comme un boulet. Le boulet n’était pas son fils, le boulet était en elle. Il ne fallut d’ailleurs pas longtemps à la jeune psychologue pour lui confirmer que son enfant lui paraissait tout à fait équilibré : peut être un peu plus vivant que d’autres, soit, mais gai, intelligent, sensible. Oui, sensible au mal être de sa maman.

 

En quittant son cabinet, le visage ruisselant de larmes qu’elle ne parvenait pas à tarir, elle entendit enfin les mots que Fabien avait semé adroitement à son attention tout au long de l’année écoulée : Tous ces « Et vous ? », question ouverte, et ses sempiternels et vains conseils de liberté, de détachement, de recul à seul but de lui faire ouvrir les yeux sur son leurre. Elle su alors qu’elle allait devoir défier son malaise en le revoyant, seule,  une dernière fois peut être. Elle su l’importance, l’urgence de cet ultime rendez-vous, à la fois début et fin. Elle lui devait bien ça. Faux, ils se devaient bien ça.

 

Tout au long de la journée, elle peaufina son discours du soir, énumérant mentalement, tout en vaquant à ses diverses occupations professionnelles, les sentiments qu’elle souhaitait mettre en avant :

-          Premièrement, s’excuser. S’excuser de quoi au juste ? De ne pas avoir perçues ses allusions plus tôt ? D’avoir enfin mis fin à son apathie, en provoquant le choc par la rupture, par la distance ? Ce qu’il attendait sûrement d’elle en fait…

-          Deuxièmement, évoquer le malaise qu’elle ressentait face à lui, exacerbée par la présence de l’enfant qui jamais n’avait été écarté de leur dialogue et par son absence d’analyse.

       Eu t-il été plus explicite, aurait-elle compris le message avant l’heure ?

-          Troisièmement, …Sixièmement, ne plus y penser avant le soir, fractionner ses priorités, ne plus trop s’écouter, vivre l’instant présent pour mieux vivre tout court. C’était aussi un de ses messages cachés qu’il avait eu l’art de lui esquisser, lors d’une rencontre précédente.

 

Ce rendez-vous, elle en était l’instigatrice mais nul autre que lui ne l’avait préparé, séance après séance.  Ce rendez-vous était une fin et un début : La fin d’un leurre, le début d’une recherche, la fin de l’apitoiement et de la colère, non celle des doutes. Ce serait long et chaotique, mais parce qu’elle se savait au pied du mur, parce qu’elle voulait penser ses blessures, elle se sentait déjà mieux, beaucoup mieux.


Un texte un peu ancien écrit dans le cadre d'un Atelier d'écriture. Il s'agissait d'un Rallye- mots devant impérativement faire figurer les mots en gras...

Je dédie ce texte à Sandrine et à Laure.
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commentaires

L
c'est un très beau texte Sandra, merci pour la pensée...
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S
Tout ce soleil aujourd'hui en Sarthe...Vivement  l'été !
M
Très bien écrit, et surement pas facile de le vivre au quotidien.... La vie Nous Joue des Tours...Nous espérons vous voir bientôt![ Perso On]Merci pour la proposition du déménagement. C'est pas toujours très agréable de faire de la route pour en profiter peu ensemble. Nous préférons te (vous) recevoir dans de meilleurs conditions, sauf si tu insistes, bien sur![Perso Off]
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S
Coucou Seb...C'est un texte qui a plus d'un an, dont l'écriture m'avait beaucoup aidé à l'époque ...Le Guilli sauteur a depuis grandi, l'est (un petit peu) moins sauteur...Quoique ...ça dépend des jours !!!! On fait avec !Pour le déménagement, il est vrai que je préfèrerais être éblouie (je sens que je vais l'être !) par une visite dans votre petit nid tout bien garni...Mais si vous aviez éventuellement besoin de bras supplémentaires (euh tout petits hein suis pas bien costaud), n'hésitez pas à me faire signeBon courage à toute la petite famille Dagoo en tout cas (j'aurai tout plein de pensées pour vous en ce grand jour où la maison sent encore le plâtre....)Me fait penser à une certaine chanson de Benabar, tiens ;-) 
L
un petit bonjour au Guili sauteur et à sa maman !
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S
Merci Lily...je transmettrai au Guilli Sauteur demain matin car il est déjà dans les bras de Morphée...Quoique ! Avec ce décalage horaire, ce fut plus dur ce soir !