L’Inde du Nord à la fin des années 1990. Le narrateur, journaliste aspirant écrivain, et sa femme, Fizz, partagent, depuis quinze ans, une intense passion, très sensuelle, très charnelle.
Jusqu’au jour où, restaurant leur maison accrochée aux contreforts de l’Himalaya, le narrateur découvre soixante-quatre épais carnets, le journal intime et impudique d’une Américaine, Catherine –
ancienne propriétaire des lieux –, dont la lecture va peu à peu détruire son couple…
Roman magistral, « Loin de Chandigarh » dont le titre original est « The alchemy of desire » nous ouvre
les portes du désir, de son alchimie mystérieuse qui le fait naître, vivre et mourir à notre insu.
Roman magistral, tant par le fond qui tout au long de près de 700 pages nous aimante à l’instar du narrateur qui ne peut se
soustraire à la lecture des vieux carnets intimes qu’il a découvert, que par la forme servie par une écriture (et une traduction) superbe
toute empreinte de sensualité.
Qu’il évoque les corps…
Parfois, l’intensité était telle que nous tremblions avant même de nous frôler. Nous étions comme des
démineurs, nerveux à la perspective de ce qui risquait d’advenir au premier effleurement. J’étais dur, tendu, impérieux, et différais l’instant du contact. Fizz était empourprée, ses lèvres
frémissaient. Dès que nous nous touchions, c’était l’explosion ; nous devenions à la fois bruts et sublimes, bêtes et anges, chair et lumière. Fizz et moi.
Parfois, le plaisir était si insoutenable que j’éprouvais l’envie de croquer un morceau de sa chair et de le
mastiquer. D’autres fois, j’aspirais seulement à pousser un gémissement qui emplirait le paradis.
Intuitivement, Catherine savait que le désir était un lichen poussant dans l’humidité et l’obscurité. Le
mettre en pleine lumière risquait de le tuer.
La nature…
C’était une journée magique. Un instant, ils étaient sous la caresse d’une pluie légère comme de la gaze, qui
déposait une fine pellicule sur leurs cheveux, leur peau et leurs vêtement ; l’instant suivant, le ciel se dégageait et le monde était haut et bleu. La brume, cependant, était toujours
présente, en mouvement continuel, modifiant la vue d’une seconde à l’autre. Parfois, si dense et si tangible que l’on aurait presque pu en casser un morceau. (…) Au dessus de la cuvette de la
vallée, un aigle traçait des cercles tranchants. (…)
Alors qu’ils contemplaient le paysage, un arc en ciel compact prit racine au centre exacte de la vallée de
Jeolikote et commença à se déployer. Sans se fragmenter, il s’étira au dessus de leurs têtes en quelques minutes et planta ses dents quelque part à l’intérieur de la vallée de Bhumiadhar. Ils demeurèrent longtemps silencieux sous l’arche vibrante aussi solide que la brume.
La lune gonflée comme une femme à son sixième mois de grossesse.
Le mystère de la création littéraire …
Je déplaçais le récit tel un filet d’eau sur le sol carrelé d’une salle de bain. Une inclinaison invisible
déviait sa course, comme celle d’un escargot. Je décrivais chaque tour du nouage de turban, chaque tasse d’eau fraîche, chaque crin de la queue d’un cheval, chaque affûtage de l’épée. Allant
contre ma nature, je devins minimaliste. Je ratissais les pensées de mon jeune héros, les aérais avec la patience oisive d’une grand-mère vidant de vieilles malles
Ou les contrastes fascinants de L’inde…
Dés l’instant où elle avait posé le pied à Bombay – avec l’impression d’être une vierge rejetée -, une
explosion de couleur, de sonorité, d’images, l’avait transportée. Tous ses sens furent assaillis d’un coup. Et le grand paradoxe indien : la coexistence d’une extrême agitation et d’une
extrême torpeur la frappa au premier regard.
Tarun J Tejpal enveloppe sa prose d’une gangue de désir, dont on a du mal à s’arracher, la dernière page refermée.
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