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2 mars 2007 5 02 /03 /mars /2007 22:33






Bon ok j'avoue : J'ai accepté d'être jurée du Prix des lecteurs du Livre de Poche 2007 non en raison du culte que je voue à cette collection ( sûrement la moins représentée dans ma bibliothèque mes piles de livre) mais bien pour avoir le plaisir de recevoir gratuitement près d'une vingtaine de livres pendant un an...

Mes à priori pour le Livre de Poche n'étaient jusqu'alors pas très folichons : Maison Hachette, patati patata...Mais que ne ferait-on pas pour tenter au maximum de réduire son budget livre...

Seulement, voilà, depuis le début de cette aventure, je vais de bonnes surprises en bonnes surprises ...Une première sélection de très bonne qualité, une seconde itou pour ce que j'en ai déjà lu (j'en reparlerai) et surtout une très bonne communication de la part de l'équipe du Livre de Poche : réponses personnalisées aux e-mails envoyés, et ce soir,  dans ma boîte aux letttres, ...le résultat du vote du mois de février.

Je tairai ici les résultats, bien qu'on ne soit pas lié par une clause de confidentialité, car là n'est pas le plus intéressant. Non, le plus intéressant, c'est de pouvoir lire une sélection des commentaires du jury pour les trois livres en lice.

L'occasion de s'apercevoir que les lecteurs viennent de France Métropole (Soit, on s'en serait douté), mais également de pays francophones ( Belgique, Algérie, Maroc) et des DOM-TOM.

L'occasion surtout de partager des émotions et des plaisirs de lectures.

A défaut de débat à 150 autour d'une table ronde, j'avoue bien apprécier ce "feed-back" (très en vogue ce mot, trouvez pas ?) de la part de l'équipe du Livre de Poche.

Alors, non, rien de rien, ...

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1 mars 2007 4 01 /03 /mars /2007 23:00









 

 



Après mon coup de cœur pour « Le café de l’Excelsior », je poursuis ma découverte de l’écriture de Philippe Claudel avec son dernier recueil de nouvelles « Le monde sans les enfants et autres histoires ». Le recueil est composé de vingt histoires destinées aux enfants et à ceux qui n’ont pas perdu « leurs lunettes bleues, lunettes roses ». Ce qui n'est peut être pas mon cas car j’avoue ne pas avoir été complètement séduite malgré une –toujours- très belle écriture et des thèmes louables : L’horreur de la guerre au quotidien (« Le petit voisin »), la télé qui rend con (« La vie de famille »), les enfants des bidonvilles (« Jaime »), le vaccin du bonheur  («  Le vaccin de Zazie »)…

 

Il y a toutefois de belles perles qui vous font venir le sourire jusque là …

 

Le dur métier de fée

Coraline peigne sa poupée dans sa chambre quand une petite fée apparaît devant elle. Loin d’être surprise ou heureuse (Normal quoi ! vous feriez quoi,  vous,  si une fée se plantait devant vous ?) la fillette l’accueille avec ennui et indifférence. Comme cette histoire suit une nouvelle qui met en scène des enfants blasés par les histoires de leur grand-père (« Les histoires »), on se dit bof c’est reparti…Que nenni !!! C’est bien une histoire de notre siècle mais pas celle que l’on croit ! Et on sourit du tour que nous joue l’auteur, à croire qu’il a fait exprès de faire suivre ces deux nouvelles…

 
Le chasseur de cauchemars

 
Raymond et José seront bientôt à la retraite et se lamentent sur la disparition prochaine de leurs beaux métiers artisanaux mis à mal par les technologies modernes et la loi du marché. Rien d’exceptionnel me direz-vous sauf que…Raymond et José n’ont pas vraiment …euh …des métiers ordinaires et …de tout repos : l’un traque, l’autre dresse les…cauchemars.

 

Dégougouillez-moi bien !

 
Quand Philippe Claudel réinvente Queneau…

 

Le gros Marcel

 
Mon petit préféré !

Dans sa jeunesse, Marcel était svelte et faisait de l’œil à Joséphine…Joséphine, le tutu de Marinette…Car Marcel est un cahier, un beau cahier à la couverture rouge plastifié…

 

Au premier trimestre, ils filent le parfait amour tous les lundis dans le cartable de Marinette…Mais au fil des mois, le beau Marcel se gorge de photocopies et d’exposés en tout genre…et devient …le gros Marcel.

 

Succès garanti si cette histoire est un jour illustrée pour les enfants…

 

Eclats de lecture :

Il toucha le fond. D’autant qu’il continuait toujours à grossir, grossir, grossir, car en plus des photocopies dont le rythme de distribution ne faiblissait pas, la nouvelle maîtresse avait convaincu les enfants de faire un herbier, et c’est bien sûr Marcel qui avait hérité d’un brin de muguet, de deux marguerites, cinq violettes, un pissenlit, un chardon – non mais vous vous rendez compte, un chardon ! – et d’une tulipe, heureusement naine.

 
Voir aussi chez : Florinette

 

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28 février 2007 3 28 /02 /février /2007 00:19

 

Ton corps sera cette chose grise et ratatinée tout au fond de ce coffret en bois, la peau sur les os. Pour combien de temps encore. Ton regard, éteint sous tes paupières, tes lèvres, vidées de couleurs, ta mâchoire affaissée, tes joues creusées, aspirées.

 

Ou plus sûrement une masse flasque et informe moulée dans un coffre de bois grisâtre, comme ceux des maçons,  culottés de ciment, à ras bord, débordant, généreux. Car qui se paiera le luxe de t’offrir un écrin en chêne comme celui-là ?

 

Tu l’envierais presque sur son capiton moiré, la tête bien calée par un petit coussin rembourré.  Ferait bien sur ton canapé, pour surélever tes gros poteaux de chair, en fin de journée. Te ferait presque sourire, sous ton masque de circonstance.

 

Son immobilité réveille en toi un vieux souvenir gorgé d’effroi que le relâchement de ton corps, enfin libéré de sa gangue de peur, élève à la surface de tes pensées. Un souvenir ou un cauchemar, il y a longtemps que tu ne sais plus distinguer l’un de l’autre.

 

Une maison de ciment fouettée par les vents et les embruns.  A l’une de ses extrémités, une tour carrée surmontée d’une terrasse. Et sur cette terrasse, un jeu d’enfant : métallique,  tortueux, emmêlé comme un tas de trombones que l’océan, tout proche, derrière les dunes, aurait laissé tomber là, un jour de tempête, de sa poigne d’acier liquide. Puis que le vent aurait durci et poli au fil des ans. Dans cet enchevêtrement gris,  ton corps souple d’enfant et le sien font des vagues, s’agrippent l’un à l’autre, renversent le monde, s’enivrent de goulées d’air, de flux et de reflux. Les varices du ciel tanguent au-dessus de toi, ton sang cogne dans tes tempes. Soudain, elle se laisse tomber dans un coffret en bois, dessous l’amas de tiges d’acier. Le coffret est tapissé de sable humide où son corps s’incruste, immobile.

 

Un souvenir ou un cauchemar, il y a longtemps que tu ne sais plus qui sursaute soudain : son corps ou le tien tandis qu’une vague glacée s’abat sur toi puis se retire très loin, te laissant ruisselante sur le rivage.

 

Tu sais aujourd’hui que la vague s’en est allée lécher d’autres grèves, vos deux corps sont apaisés. Il fallait sans doute que la vie quitte l’un pour que la peur quitte l’autre, que le jeu s’achève un jour, d’une manière ou d’une autre.

 

Ce petit jeu sans conséquence pour l’un, trop longtemps sans conséquence…Sous tes larmes d’apparat, aujourd’hui, tu en savoures les conséquences…

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23 février 2007 5 23 /02 /février /2007 06:53


Sa captivité a l'âge de mon fils ...


Ingrid Betancourt
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21 février 2007 3 21 /02 /février /2007 21:28

Le Destin de Iouri Voronine -  Henriette Jelinek
Horowitz et mon père -Alexis Salatko
Le ciel t'aidera - Sylvie Testud


Après la lecture des 3 livres de février ( hum, hum, enfin pas tout à fait, car les romans d'espionnage et moi, ça fait deux...mais mon père s'en charge pour moi et ...il a  l'air d'apprécier ! C'est un plaisir de le voir se passionner pour la lecture...)

Il a bien fallu voter. (et agrémenter son choix d'un petit commentaire...Quand même !) C'est cruel, je sais mais...

Je vous dis ou pas mon choix ? Vous l'aurez surement deviné ! 


??



Et voici la sélection du mois de mars : (pas encore dans ma boite à lettres)



 

Le Destin de Iouri Voronine - Henriette Jelinek





Quatrième de couverture :

Los Angeles, Californie.

Un veuf d’origine russe se voit un jour arraché à sa pauvre retraite par son fils unique qui a connu une réussite sociale et financière surprenante.

Obligé de renoncer à son nom russe, installé dans une luxueuse villa de Beverly Hills, égaré parmi les milliardaires, errant dans les collines d’Hollywood dans une limousine avec chauffeur, le vieillard est malheureux, incapable de communiquer avec son fils fasciné par l’Argent-Roi.


Ses pas le guident vers un monastère orthodoxe où il sent remonter en lui, au cœur même des États-Unis, les effluves de la terre natale.

Commence alors une ascension spirituelle et religieuse qui illuminera tout son entourage, jusqu’à son fils. On pense à Gogol, au Cœur simple de Flaubert, au Père Serge de Tolstoï. Par ce livre, Henriette Jelinek montre qu’elle atteint la pleine maîtrise de son art.

Livre testament, sous la forme d’une méditation fascinante, sur l’Ouest et l’Est, sur l’Amérique impériale et la sainte Russie éternelle. Le Figaro littéraire.



 

Horowitz et mon père -Alexis Salatko





Quatrième de couverture :

Juste avant la révolution d'Octobre, Dimitri Radzanov et Horowitz s'affrontent en duel au piano au conservatoire de Kiev. Chassés par les Bolcheviks, les deux jeunes gens doivent fuir l'Ukraine. Horowitz émigre aux Etats-Unis où il rencontre vite fortune et gloire. Radzanov, quant à lui, après avoir servi dans la garde blanche, échoue en banlieue parisienne avec sa mère. Il entre comme chimiste aux usines Pathé Marconi à Chatou où, ironie du sort, il va fabriquer des disques pour son vieux rival Horowitz qui fait vibrer les foules outre-Atlantique. Mais il n'a pas renoncé à la musique et les duels vont reprendre, à distance, pour le  plus grand bonheur de son fils...


Le ciel t'aidera - Sylvie Testud

 



Quatrième de couverture :

« T’as peur, t’as peur de tout, sauf du ridicule », m’a dit mon copain qui est d’une mauvaise foi sidérante.

« Il n’y a aucun danger dans cette maison, à part toi ! » il a rajouté. [...]


Si le courage peut se mesurer à la peur à surmonter, alors je me proclame la fille la plus courageuse du monde.


Je ne suis quand même pas la seule fille qui balise à l’idée de dormir seule ? Je ne suis pas la seule fille à dire  que se garer dans un parking non surveillé, la nuit, ça fout les jetons ?
C’est pas moi qui invente les cambriolages ?

Les dingues qui vous guettent au coin de la rue ? Les monstres pervers pires que des loups ?
S. T.


Flippée, Sylvie Testud ? Le Ciel t’aidera est l’histoire de sa vie quand elle ne joue pas un rôle sur un plateau, l’histoire d’une fille trop imaginative qui rêve de mourir centenaire et dans son lit. Alors elle se bat comme un diable : elle planque des couteaux sous ses matelas, se balade avec un ravissant pistolet de dame, s’entraîne au sabre sur ses plantes vertes. C’est vrai qu’elle est flippée, mais il y a quand même des trucs bizarres… Son copain, lui, trouve que tout est normal, à part elle.


 

A suivre donc ...

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20 février 2007 2 20 /02 /février /2007 22:44













Merci, mille mercis Lily, de m’avoir conseillé de pousser les portes de l’univers de Virginia Woolf. Je suis plongée dans la lecture des « Vagues », traduit par Marguerite Yourcenar et j’en reparlerai ici sûrement, tant cette lecture me touche. En voguant de clics en clics, j’ai découvert un extrait d’une traduction plus récente et il m’a semblé très intéressant de le mettre ici en parallèle avec l’extrait traduit par Marguerite Yourcenar.

Petit clin d’œil à Holly et à son délicat travail d’orfèvre avec les mots…

Ah ! Ce que j’aimerais maîtriser davantage l’anglais littéraire pour découvrir l’œuvre original …

Extrait des Vagues de Virgina Woolf. Livre de Poche Biblio – Traduction de Marguerite Yourcenar - 1937

«   J’ai arraché tous les feuillets des mois de mai et de juin, dit Suzanne, et vingt jours du mois de juillet. Je les ai arrachés et roulés en boule, de sorte qu’ils n’existent plus, sauf comme un poids que j’ai sur le cœur. C’étaient des jours infirmes, pareils à des papillons de nuit aux ailes recroquevillées, incapable de prendre leur vol. je n’ai plus que huit jours à passer ici. Dans huit jours, je sauterai du train sur le quai, à six heures vingt-cinq. C’est alors que mon sens de la liberté va s’épanouir, faisant craquer toutes ces restrictions qui le recroquevillent et qui le froissent : l’ordre, et la routine des journées, et l’obligation d’être ici, ou d’être là à heure fixe. Le jour jaillira comme un flot quand j’ouvrirai la portière, et quand je verrai mon père avec ses guêtres et son vieux chapeau. Je vais trembler. Je vais fondre en larmes. Puis, le matin suivant, je me lèverai à l’aube. Je sortirai par la porte de la cuisine. Je me promènerai dans la lande. De grands chevaux montés par des fantômes galoperont derrière moi, puis s’arrêterons soudain. Je verrai les hirondelles frôler les herbages. Je me laisserai tomber sur la berge, au bord de la rivière, et je regarderai les poissons se faufiler entre les roseaux. Les aiguilles de pins laisseront leurs empreintes dans mes paumes. Là-bas, je vais pouvoir entrouvrir et examiner de près ce que je ne sais quoi de dur qui ici a grandi en moi. Car quelque chose ici a grandi en moi, pendant tant d’hivers et tant d’été, dans les dortoirs et dans les cages d’escaliers. Je ne veux pas être regardée avec admiration par les gens quand j’entre dans les chambres. Je veux donner, je veux être donnée, et je veux la solitude pour y déployer en paix mes possessions. »

 

Extrait des Vagues de Virgina Woolf. Éditions Calmann-Levy, traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Cécile Wajsbrot. 1993

« J'ai déchiré tout mai et juin, dit Susan, et vingt jours de juillet. Je les ai déchirés, roulés en boule, pour qu'ils n'existent plus, il reste une lourdeur en moi. C'étaient des jours mutilés, comme des phalènes aux ailes rognées incapables de voler. Il ne reste que huit jours. Dans les huit jours, je descendrai du train, je serai sur le quai à six heures vingt-cinq. Je déroulerai ma liberté, et les restrictions qui froissent et qui plissent - temps, ordre et discipline, être ici et là à l'heure précise - exploseront. Le jour jaillira quand, ouvrant la porte, je verrai mon père avec ses guêtres, son vieux chapeau. Je tremblerai. J'éclaterai en sanglots. Le lendemain je me lèverai à l'aurore. Je sortirai par la porte de la cuisine. Je marcherai dans la lande. Les grands chevaux des cavaliers fantômes tonneront derrière moi et s'arrêteront soudain. Je verrai l'hirondelle raser l'herbe. Je me jetterai au bord de la rivière et je regarderai le poisson plonger et reparaître dans les roseaux. J'aurai les paumes des mains marquées par les aiguilles de pin. Je déferai, j'ôterai ce qui s'est formé ; la dureté d'ici. Car quelque chose a grandi en moi, au fil des hivers et des étés, sur les escaliers, dans les chambres. Je ne veux pas être admirée comme Jinny. Quand j'arrive, je ne veux pas que les gens lèvent les yeux avec admiration. Je veux donner, qu'on me donne, je veux la solitude, et découvrir ce que j'ai.

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14 février 2007 3 14 /02 /février /2007 23:03






















Univers, univers est un roman, mille romans. Il raconte une histoire, mille histoires.

 

Pendant un peu plus de 500 pages, Univers, univers nous plonge dans le cerveau d’une femme qui fait cuire un gigot. Et tout en regardant son gigot cuire doucement (ou pas du tout !), elle endosse mille personnalités ; elle se perd de vue comme une connaissance lointaine, tour à tour orpheline, criminelle, ex-prostituée, artiste,  brune, blonde, auburn, mariée, divorcée, veuve… ; elle s’invente des scénarios de vie et de mort passés ou futurs, se dilue dans tous ces scénarios, croit se retrouver, se perd à nouveau. Cette femme, c’est vous, c’est moi, tout ce qui peut se  passer dans notre cerveau, l’espace d’un instant, l’espace d’une vie.

 

Et cette histoire, ces histoires sont servies par une écriture remarquable, précise, minutieuse, cruelle,  corporelle…

 

Elle imagine le gigot en train de cuire dans le four, elle pense aux premiers chrétiens si fréquemment grillés. Elle plaint aussi les légumes croqués crus, bouillis, ou plongés équarris dans l’huile bouillante. Elle voit déjà les cent vingt-huit dents ce soir autour de la table, mâchant avec voracité entre deux syllabes d’un bavardage badin.

 

Elle utilisera sa bouche pour manger une tartine afin de la rendre impropre à la conversation.

 

Elle se lèverait, elle chercherait à toucher les visages, elle serait repoussée par les mains de tous ces corps dont elles feraient partie. Elle fixerait les yeux d’une tête de femme dont la bouche formerait une grimace qui dégénérerait en éclats de rire. Elle s’accrocherait aux oreilles, elle essaierait de secouer l’ensemble de cet être humain dont elle ne comprenait pas l’émoi.

 

Et plus que tout, ironique…

 

…la laissant seule avec sa mère qui donnait des cours de mimes pour joindre les deux bouts. Sa mère avait un petit nez, elle était cadre dans une banque.

 

Y compris avec lui-même …

 

Surtout que Carl n’était pas un élément apaisant, il s’appliquait à titiller sa désespérance en lui lisant chaque soir un florilège de textes macabres tirés de la Bible et des romans les plus tourmentés de Régis Jauffret.

 

 

Régis Jauffret déboulonne une à une toutes les valeurs :

 

La famille…

 

Elle était une Ponchin, mais eux étaient issus d’une longue lignée de pilotes, d’ingénieurs, de géomètres, comme tous les Domaris, famille de garçons élevés à la trique et de filles rarissimes, effacées, pareilles à des erreurs de calcul usées par la gomme.

 

L’amour …

 

Pour la première fois depuis plus d’un an, son mari l’a approchée dans le lit et ils ont eu un rapport.

 

 

La mort…

 

(Incroyable l’imagination de cet homme quand il s’agit de mettre en scène la mort !)

 

Fille unique, ses parents se suicideraient à cinquante-sept ans pour convenances  personnelles. (J’adore !)

 

Elle avait eu son premier lave-linge à l’occasion de ses trente ans de mariage.  Elle était morte dix mois plus tard alors qu’il était encore sous garantie. Le lendemain de ses obsèques, son mari l’a utilisé lui-même pour la première fois. A sa mort sept années plus tard, son aînée l’a emporté dans le coffre ouvert de sa voiture pour l’installer dans la petite maison dont son concubin venait hériter d’une tante. (L’ironie, l’absurdité de la vie !)

 

La littérature…

 

Un ruban de mots comme une piste sans fin, sans but, qui ne mène nulle part, et qui s'achèvera sans doute comme elle a commencé, dans la muflerie et le ricanement.

 

 

Univers, univers est un roman, mille romans foisonnants, dérangeants.  Il m’a donné cette étrange impression d’être à la terrasse d’un café l’été, de regarder la foule se presser autour de moi et d’avoir la faculté d’endosser tour à tour toutes les personnalités, toutes les vies passées, présentes, futures ou imaginaires de cette masse d’êtres humains. Au début, c’est un inventaire drôle, déroutant, excitant. Puis, peu à peu on se sent oppressé par tous ces destins qui finissent par être indigestes et dont on ne perçoit plus les particularités, les différences. Alors, on se lève et on retourne vaquer à ses affaires, vers son univers, enfin …cet univers que l’on croit sien parce que finalement on se met à le regarder d’une toute autre façon, comme si on était extérieur, en dehors (comme dirait Arno Bertina) de son propre corps. On s’est juré de ne plus revenir s’asseoir à la terrasse mais quelque chose d’indéfinissable vous y pousse toujours, régulièrement.

 

Et pourquoi pas finalement lire ce roman ainsi, en picorant de temps en temps dans l’immensité de l’univers, des univers qu’il nous offre…

Car chaque page regorge de trouvailles littéraires, et il serait bien dommage de s’en priver sous prétexte d’indigestion …

 

Prix Décembre 2003

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11 février 2007 7 11 /02 /février /2007 21:41



Aqueuse… « Ne vous inquiétez pas, je suis aqueuse… » Ce sont les tout premiers mots que tu as prononcés. Et moi qui, l’instant d’avant, évitais les flaques d’eau et ruminais mes pensées détrempées,  je suis parti d’un grand éclat de rire,  dégrisé aussi sec de mon vague à l’âme.

 

« A…quoi ? » Je crois bien que je ne connaissais même pas ce mot avant toi, et pourtant, j’en lisais des livres ! Je traînais déjà derrière moi une drôle de réputation parmi mes patients. Médecin du corps, médecin de l’âme, qui laissait traîner sur son bureau, en guise de presse-papier, des invitations à la lecture. Au moment de notre rencontre, c’était « Paroles » de Prévert. Je m’en souviens parce que « Barbara », Barbara sous la pluie. « Toi que je ne connaissais pas, toi qui ne me connaissais pas… ». Ces vers, je me les répétais sans cesse, ce printemps-là, ce printemps si pluvieux. Et ce jour-là, il pleuvait tout gris là-haut et j’étais en retard pour rejoindre mon cabinet que je venais d’ouvrir quelques mois plus tôt, en bas du parc. Je l’ai aperçu dans la courbe d’une ruelle. Elle sautait dans les flaques d’eau en protégeant sa lourde chevelure blonde par un panier ajouré qu’elle brandissait à bout de bras au dessus d’elle. Vaine précaution, la pluie ruisselait sur l’ovale de ton visage, plaquait des mèches de cheveux sur tes yeux, sur tes joues, sur ta bouche. Elle était comme ces petits chiots mouillés et faméliques qui jappent et se secouent  comme des fous au sortir de leurs premiers bains de mer. J’avais toujours aimé cette joie animale et fiévreuse, sans parvenir à démêler si ce que je préférais dans ces scènes dont j’avais souvent été témoin sur les plages d’Arcachon était l’envie que j’éprouvais pour leur spontanéité où ce plaisir secret et anticipé que me procurait la réaction outrée de celles (surtout !) et ceux qui avaient le malheur d’en être les victimes.

 

Je me suis approché de toi et j’ai coiffé ton panier ajouré de mon grand parapluie flambant neuf.  Je m’apprêtais sûrement à accompagner mon geste d’une phrase des plus banales, à mi chemin entre le sermon professionnel et le conseil paternel, genre « mettez-vous à l’abri, jeune fille, vous allez attraper froid ». Je n’ai jamais été un grand séducteur auprès des femmes ! Je ne t’ai jamais séduit, je n’aurais jamais voulu, ni pu d’ailleurs. Ca m’est tombé dessus. C’était l’eau de ce jour-là, dense, pénétrante. Elle était jeune, quatorze, quinze ans peut-être, et j’étais fou amoureux de ta grand-mère. Mais tu m’as coupé l’herbe sous le pied avec cette drôle de phrase ânonnée, presque chantée.

 

J’ai éclaté de rire et j’ai vu de la surprise dans tes yeux. Puis aussitôt un sourire et un flux de paroles, justement. Comme pour justifier le mot, un flux de paroles sur son ressenti …d’eau.

 

Et là, sous mon grand parapluie qui déverse sa coupole d’eau à nos pieds, entourés de flaques puis bientôt de petits ruisseaux qui dévalent les ruelles incurvées et entraînent des pétales de magnolia (« Oh ! Des barques de fleurs, regardez ! »), je m’accroche à ta voix, assourdie par le martèlement de la pluie, je m’accroche à ta voix d’où s’échappe, comme une victoire consentie par le ciel, des notes aigües qui en faisaient la louange : ondée, averse, nuée, crachin, mouillée, marée, océan, buée, glaçon, vapeur, écume, caresse…L’ensemble fluctuant au gré des inflexions de sa voix, j’avais cette étrange impression dans le corps, un peu comme le mal de mer, - mais peut être déjà tout autre chose, ce quelque chose qui t’échappe, qui te happe sans prévenir-  l’impression de voguer, debout sur un frêle esquif, au centre d’un océan légèrement agité,  un recueil de poésie grand ouvert devant moi, qui me permettait d’en décrypter le mystère. Tu étais d’une spontanéité, d’une maturité déconcertante. Déconcertante, car dès qu’elle cessait de parler d’eau, elle redevenait une enfant, vive, insouciante et légère comme le sont tous les enfants à cet âge-là. Puis, l’instant d’après les mots coulaient de sa bouche comme un torrent imprévisible qui charrierait tout à la fois une connaissance insoupçonnée et inédite du milieu liquide et un don inné à le décrire avec les mots les plus justes et les plus beaux de notre langue française.

 

Nous nous sommes rencontrés dans l’Allée du Moulin, je te montrerai la Villa Toledo et son escalier de dentelle blanche, et, à tous petits pas, je buvais ces paroles, nous nous sommes retrouvés dans le Parc Mauresque. A cette époque, encore, le Funiculaire, devant le casino. C’était toute une aventure pour descendre dans la ville basse !  Là, dans le wagon, tes yeux qui pétillent, gamine, comme dans un manège, un vieux manège en bois, sans la musique, sauf celle dans ta tête…

 

Je l’ai quitté Cours Desbiez, ton panier de nouveau sur ta tête, la pluie qui redouble et sa silhouette qui s’éloigne en sautillant dans les flaques d’eau vers l’épicerie Brémontier. Toute ma jeunesse, l’épicerie Brémontier…J’ai ouvert la porte de mon cabinet, mais j’avais sa silhouette dans mon dos, dans ma tête, et puis la vie, au sec, qui reprend son cours doucement. Les patients, les mots dits comme ça au détour d’une phrase banale, les mots, il faudrait toujours aller creuser ce qu’il y a en dessous, mais la salle d’attente, derrière la porte, autant de mots en suspension…Alors, les mots, tu les laisses un peu se dérouler tandis que tu saisis ton bloc d’ordonnance coincé sous tes bouquins. Tu noircis la feuille de mots, des noms un peu barbares, un peu savants, sensés adoucir le corps,  et tu prescris des mots plus doux, pour l’âme, pour ceux enroulés dans la gorge et qui font souvent plus mal que la grippe. L’extinction de voix, parfois, au propre comme au figuré. Tu tends l’ordonnance et parfois la pile de bouquin diminue un peu aussi…Justement lisez ça, vous me le ramènerez la prochaine fois. Et tandis que tu le raccompagnes à la porte, la veste alourdie d’un recueil où vient se nicher ton ordonnance, comme une feuille volante, un erratum quasi illisible de ton écriture patte de mouche, ton regard qui s’égare vers la fenêtre, la pluie toujours comme des points d’exclamation et ses mots à elle, soudain,  qui s’enroulent dans ta gorge. Tu veux les chasser de ta tête mais ils s’accrochent à ton corps…

 

 

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6 février 2007 2 06 /02 /février /2007 21:06



La nuit tombe et...pas moyen de s'endormir ...Russell  a beau se tourner, se retourner, ôter son pyjama ou compter les étoiles ...Rien à faire.  Alors, flanqué de son bonnet de nuit qui épouse les méandres de ses pensées ( tantôt en zig-zag, tantôt mou) et d'une petite grenouille verte (dont il a tenté, en vain, de se faire un oreiller), Russell essaie toutes sortes d'endroits : le coffre d'une vieille voiture, le tronc creux d'un arbre...

Et finalement, s'il suffisait de ...compter les moutons !



Russell le mouton est un superbe album tout carré comme ...Russell d'ailleurs !
Rob Scotton joue avec les formes pour le plus grand plaisir des yeux : les lignes verticales (les pattes des moutons et les troncs effilés des arbres) , les boules ( la terre, le feuillage des arbres), les carrés (les moutons donc)  et le texte qui suit le mouvement . Les couleurs (dominantes de bleus ) sont superbes tout comme le rendu de la matière (la ouate surtout ...c'est un album tout "doudouille").

Quant à l'humour, chaque nouvelle lecture apporte son lot de sourires : Cela va de la grand-mère mouton qui détricote son voisin pour se faire une écharpe, d'un autre qui file se coucher...un ours en peluche lovés dans ses pattes, au dentier de la mamie...et tant d'autres détails pour qui sait bien regarder !


Et regardez, justement, ce que j'ai trouvé en farfouillant sur le net : Le jeu Russell !!

C'est  mon Guilli Sauteur qui va être content !!



Russell Le Mouton - Rob Scotton - Nathan
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4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 16:11
















1828. Marion Gaudet vit dans une plantation dans le Sud des Etats-Unis, où elle promène son ennui et son détachement. Elle pose un regard froid et désabusé sur sa morne vie, sur son mari bête et méchant qui ne l’aime pas, qu'elle observe à la dérobée tandis qu’il se livre à  son divertissement préféré :l’humiliation de ses esclaves. Evoque son quotidien où se mêle le passé, son père aimé, trop tôt disparu, ses regrets et ses aspirations vaines de femme libérée.

Et puis, il y a Sarah, son esclave attitrée, maîtresse malgré elle de son mari et mère d’un petit bâtard, Walter, créature ingouvernable, …petit chat sauvage, beau et rebelle, qu’un médecin diagnostiquera sourd. Entre Manon et Sarah, des relations ambiguës se nouent et se dénouent, tour à tour maîtresse ou esclave, rivales ou unies.

Comme un écho à cette atmosphère étouffante, à l’air lourd et pesant, la menace gronde au loin. Le choléra et la fièvre jaune décime La Nouvelle-Orléans et des esclaves fugitifs fomentent des révoltes que les patrouilles de planteurs parviennent de moins en moins à contenir.

Frappée de plein fouet par cette double menace, Manon en profitera, par un instinct de survie et d’indépendance, pour sortir de sa léthargie, sans toutefois parvenir à se départir de ce détachement, de ce vide laissé en elle.

Avec une écriture tendue et dépouillée, Valerie Martin tisse une fresque intérieure riche de silences, de regards appuyées ou fuyants, où s’emmêlent les fils des faux-semblants et des apparences, des bourreaux et des victimes.

Eclat de lecture :

 

J’ai demandé : « Qu’a dit le docteur à propos de Walter ? » 

Elle a levé les yeux vers moi, puis les a reposé sur son travail avec une expression aussi impénétrable que celle d’un masque mortuaire.

«  L’entend rien »

- A-t-il recommandé un traitement particulier ?

- Tout ce que le maître a dit, c’est qu’il n’entend pas.

- Et celle-là, elle entend, » ai-je demandé en désignant le bébé. Pour toute réponse, Sarah a posé le tissu sur ses genoux, s’est tournée vers la petite créature et a frappé dans ses mains ; à ce claquement, sec comme un coup de fouet, les bras de l’enfant ont jailli du berceau et elle a poussé un petit cri de surprise. Sarah s’est remise à son travail. Sa bouche avait un pli satisfait et insolent.

J’ai protesté : « Tu pouvais te contenter de me répondre. » Elle en arrivait maintenant à la couture de l’ourlet, qui s’est déchiré d’un seul cri.



Ici Le billet de Tatiana 
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