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M'écrire

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29 avril 2007 7 29 /04 /avril /2007 23:51


























En refermant la dernière page de L’origine de l’homme de Christine Montalbetti, j’ai bien failli, je vous l’avoue, le ranger allègrement dans ma bibliothèque sans vous en parler. Or, (quelle imprudente !), je vous avais dit ici que je l’avais ramené de mon dernier périple angevin, impatiente de savourer une nouvelle fois l’écriture de celle que j’avais tant loué ..

Ne pas en parler revenait donc à vous laisser croire que cette seconde lecture m’avait laissée indifférente, ou pire, qu’elle m’avait fortement déçue. Que nenni ! Loin de là …Mais j’avoue, oui,  que devant la tâche ardue qui m’attendait, j’ai bien failli baisser les bras. Car comment résumer un tel roman, et comment surtout vous faire partager mon enthousiasme ? Car il s’agit bien d’enthousiasme en effet, une nouvelle fois.

 

Commençons donc par le commencement (je vous préviens, je ne sais pas où je vais) et par la facilité (quoique...), j’ai nommé :


La quatrième de couverture.
(Bon, je vous l’accorde, toujours à prendre avec des pincettes ces petites bêtes là…).

 

Ce roman retrace librement deux saisons de la vie de Jacques Boucher de Crèvecœur de Perthes, l’un des fondateurs de la paléontologie.

 

Bon, ça commence mal, me dîtes-vous, à juste titre  : il a un nom à rallonge, je connais pas ce gars là et la paléontologie, moi, c’est pas mon truc. (Sais pas pour vous finalement, je n'oserais pas parler en votre nom, mais bon pour moi c’est comme ça,  on ne peut pas s’intéresser à tout dans la vie…). Autant vous dire, donc,  que sans le nom de Christine Montalbetti dessus, je n’aurais jamais, au grand jamais perdu mon temps (précieux) à lire ce roman.


Je n’ai pas vérifié avant lecture la biographie de cet illustre inconnu (vous pouvez voir au passage à quel point je fais aveuglément confiance à l’auteur qui me ferait gober n’importe quoi tant je suis en admiration devant son écriture), mais pour vous,  fallait quand même que je fasse celle qui s’y connaissait un peu.

Jacques Boucher de Crèvecœur de Perthes, pour vous servir. Ah bon très bien, cela ne vous dit rien du tout (à moins que ?), vous prenez l’air de qui voit vaguement…

 

J’ai donc taper (copier coller) Jacques Boucher de Crèvecœur de Perthes sur Gooooooooooogle et pour résumer (si vous souhaitez plus d’info, ma foi, je vous ai donné le mode d’emploi) :

 

Jacques Boucher de Perthes, de son vrai nom Jacques Boucher de Crèvecœur de Perthes, né près de Rethel (Ardennes), le 10 décembre 1788, mort à Abbeville, Somme [en passant, un petit bonjour à Bellesahi ] le 5 août 1868, préhistorien français, qui fut l'un des fondateurs de sa discipline.

 

Voili, voilou. Ceci étant fait, je tiens tout de suite à vous préciser que ce patronyme à rallonge n’était pas ce qu’il y avait de plus important à piocher dans la quatrième de couverture. Non, le Mot, the most important Word is : librement.

 

Car autant vous dire que Christine Montalbetti s’en donne à cœur joie pour nous dépeindre les quelques morceaux choisis (ou inventés, allez savoir ?) de la vie de ce grand Jacques :

 

Apartés au lecteur…

 

Au fait,  dit Jacques à Constantin, qui était venu s’asseoir près de lui avec son café-calva du matin, demain j’ai rendez-vous avec un savant d’Angleterre. Constantin n’y accorde pas plus d’importante que ça. Il s’agissait surtout de trouver un moyen d’informer le lecteur, qu’il ne soit pas surpris quand il tournera la page.

 

Les journées deux et trois, Ouh ouh, je vous fais un signe de la main en essuie-glace, je surgis sur cette terrasse pour un aparté, seront consacrées aux souvenirs des temps intermédiaires.

 

A elle-même…

 

Voilà, c’est fait, vous voilà libéré, M’sieur Jacques, et enfin, dernière phase, il fallu bien couler le plâtre, tandis que pour le buste on prit plutôt les proportions au compas, obtenant à la fin une statue mixte, réalisée par Frédéric Sauvage et par Edmond Lévêque, que l’on tient à remercier ici, car ce n’est pas tous les jours que l’on peut aller voir son héros en sculpture.

 

 

Anachronismes en tout genre…

 

Je ne suis quand même pas dans un roman vingtième, se dit Jacques, pas fiérot, avec héros ramollo, pensif, ballotté par les évènements, et n’en foutant pas une rame, non, dans un récit dix-neuvième il faudrait voir à se fouler un peu plus question action…

 

Quant aux Australopithécus africanus, Paranthropus aethiopicus et autres hommes des origines en us (faudrait quand même voir à ne pas oublier le titre, ni la biographie de ce grand Jacques), ils ne se gênent pour apparaître à tout moment dans le récit, hélant le lecteur, le héros, allant même jusqu’à jouer des coudes pour lui voler la vedette :

 

Souhaitez-vous un peu de poisson-chat, vous demande un Paranthropus aethiopicus, en mastiquant bruyamment depuis son campement éphémère, un peu égocentrique et jouant des coudes pour être évoqué une seconde fois…

 

 Digressions…

 

Christine Montalbetti se paye le toupet, entre autre,  de nous décrire minutieusement deux cartes postales choisies par son héros. Pire, elle nous entraîne pendant près de dix pages dans une description très détaillée des toiles, lithographies ou autres gravures qui égaillent les murs d’un cabinet de lecture où s’est réfugié notre Jacques. On se dit bon ça commence à bien faire, mais quand elle reprend la parole, c’est pour mieux se disculper :

 

Il (Jacques) regrette son incapacité à mener à bien cette histoire sentimentale avec Margot, ces fuites, sa manière d’être allé se promener seul (…) il faut dire aussi que cette fuite dans laquelle notre personnage se tient, le narrateur la relaie, s’attardant à des descriptions, celles des cartes postales (…) puis des tableaux, c’était le pompon, parfaitement étrangères à l’histoire de Jacques, à ce seul prétexte qu’ils étaient tombés sous son regard, plutôt que de se confronter à l’écriture des séquences sentimentales, on n’est pas aidé, pense Jacques…

(Ca sent les prémices de « Nouvelles sur le sentiment amoureux » là).

 

 Mots pris au pied de la lettre

 

 On dirait qu’ils reçoivent sur leurs épaules tout le poids de la forêt alentour…Et paf, elle part dans un délire, très sérieusement, sur un tronc d’arbre qui s’effondre sur leurs pauvres petits corps secoués comme des insectes avant de retomber, agile, sur ses pattes Mais puisque je vous dis qu’il s’agit d’un poids abstrait, on souffle, on se calme, personne ne vous demande d’effectuer une action héroïque…

 

In English dans le texte…

 

Meanwhile, notre Jacques en sa maison se prépare à cette rencontre…

 

 

Le tout dans une poésie à vous couper le souffle (là, elle serait bien capable de vous broder quelque chose sur mes poumons taris) émaillée de-ci, de-là de métaphores filées et autres petites perles nacrées…

 

Ciel on aimerait dire bleu mais plutôt tourmenté, plutôt un ciel boueux si cela avait un sens pour le ciel, comme si on venait d’en remuer le fond et que cela fait là vase et dépôt qui disparaîtraient bientôt…

 

 

Voili, voilou, j’en rajoute ou vous avez compris que mes poumons sont taris devant un tel talent ?



 

 

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27 mars 2007 2 27 /03 /mars /2007 22:25

















« N'est-ce pas quelque chose que vous avez déjà vécu ? Vous éprouvez soudain pour quelqu'un ce qu'on peut appeler un sentiment amoureux et il faudrait, pour que cette petite exaltation se transforme en une relation, que vous y mettiez un peu du vôtre ; or, au moment où il convient que vous soyez le plus présent à la situation, quelque chose vous en distrait. Je ne sais pas moi, une pensée, un souvenir, quelqu'un qui passe, ou tout simplement le combat que mènent en vous Timidité et Hardiesse, Désir et Inquiétude, Fougue et Paresse. Mais d'où nous vient cette propension à l'esquive ? »

 

Dans ce recueil, Christine Montalbetti brode six nouvelles, six nouvelles comme autant de variations sur le même thème : l’art de la fugue, de l’esquive amoureuse. Et on se régale, croyez-moi !


Autour d’un thème original et universel,

 

(Ne me dîtes pas que vous n’avez jamais vécu ça …J’ai personnellement jadis idolâtré en secret, pendant près d’un an, un grand bêta de première que je croisais tous les matins dans le bus qui me menait au Lycée, sans jamais rien oser, et j’y pense encore aujourd’hui, bien des années plus tard, comme un évènement faisant partie intégrante de ma vie… et vous ?)

 

Christine Montalbetti nous offre un regard pointu et ironique sur les « mondes intérieurs que l’on porte avec soi sans les connaître ».

 

Dans « Un duel », Jalil, invité à une réception, entraîne un peu à l’écart une femme qui le trouble, et se retrouve subitement confronté à deux émotions qui se battent en duel en lui : Allégresse et Désagrément (autrement appelé timidité).

Cette allégresse et ce désagrément se mènent une petite guerre sur le terrain de son for intérieur.

Imaginez un peu le combat obstiné et farouche d’Allégresse et de Désagrément, superbement casqués, armés de lances, et s’affrontant bille en tête dans l’obscurité pariétale des entrailles de notre homme.

 

N’avez-vous jamais ressenti, comme dans « Les androïdes », cette étrange impression que le monde extérieur, vu au travers de la baie vitrée d’un café qui en coupe tous les sons, est un immense aquarium peuplé de créatures issues d’un monde parallèle.

Et comme l’insecte, alors, l’œil finit par se heurter contre la vitre de la baie.

Le choc l’ébranle. Par-delà, passe le ruban des figurants, emportés dans le flux de leur marche. Enveloppés dans une lumière bleuie et qui tranche avec celle, jaune, de la salle, pris dans un mouvement qui contraste avec l’apathie de notre duo, ils paraissent évoluer dans un autre espace-temps. On les voit se croiser, nonchalamment, enfermés dans leur intériorité, chacun rédigeant en lui-même le journal de sa journée tout en rentrant chez soi ; (…) A eux tous, ils représentent l’idée même de hasard, on dirait qu’ils sont là pour l’incarner, circulant comme les boules numérotées d’un jeu de fortune. Et à la fois, ils brassent chacun une quantité incroyable d’images intérieures dont l’hypothèse bouleverse note Tom.

(Bon j’arrête là sinon je citerai toute la nouvelle !)

 

Dans « Une visite au zoo », un homme qui se promène dans les allées d’un zoo, réglant son pas sur celui d’une femme qu’il espère à cette occasion séduire, ne peut empêcher son esprit de s’exiler en songe vers les souvenirs de tous les zoos qu’il a visité (ou dont il s’est approché), faisant ainsi de ses souvenirs des images, soudain plus concrètes, qui se superposent à ce qu’il est en train de vivre, qui,  à son tour, un jour, deviendra un souvenir  doté, « à sa façon d’ une sorte d’existence ».

Il y a,  je crois, à cette expérience par où certain lieux ou certain objets ont la capacité soudain, de vous projeter en des temps anachroniques, quelque chose de fantastique ; une impossible propulsion en arrière dans la chaîne du temps, dont tout à coup on fait l’épreuve, projeté malgré soi à des années de distance,  arraché à sa propre contemporanéité, dont le savoir pourtant persiste conjointement au trajet temporel auquel on est sujet et dont le mouvement a bien, si l’on y songe, de quoi désarçonner.

 

« Le complexe de Mosca » met en scène un homme, Arshad, qui rentre de vacance et marche dans les rues de sa ville. (Superbe description du pas d’un homme qui rentre de vacance et qui doit se réapproprier sa ville). Tout en cheminant, il songe à une jeune femme rencontrée au cours d’une soirée juste avant son départ et qu’en ce jour de rentrée, il ne songe qu’à revoir …

Le voilà qui s’était donc mis à brasser quelques scénarios intérieurs un peu souples, et dont il n’hésitait pas à réécrire longuement les moments les plus doux, essayant différentes versions de leurs retrouvailles.

Et là, soudain, devant lui, il la voit…

Restons calme.

Ah si je savais comment m’y prendre pour que vous n’alliez pas, un peu hâtivement, penser que ce n’est là qu’une coïncidence de roman, quand l’affaire, je vous le jure, est arrivée à quelqu’un que je connais, quelqu’un qui m’est très proche (on pourrait dire moi-même).

Allez, je vous laisse imaginer la suite….

 

Que dire de plus ?  Je suis sous le charme…Gros, très gros coup de cœur pour ce recueil de nouvelles et pour l’écriture de Christine Montalbetti, fine, pointue, drôle, émaillée de parenthèses et d’apartés au lecteur (décidément, j’adore ça..) qui dépeint un univers intérieur si proche du mien.

 

Bref, une romancière à découvrir et à suivre de très, très près….


Faîtes courir le bruit !

 

Allez, je ne résiste pas, une p’tite dernière :


Si je peux me risquer à raconter ici, par parenthèse et illustration, un souvenir personnel (se mettre toujours au service de l’histoire d’autrui a quelque chose de plombant), j’ai fait moi-même une expérience, enfant, dans une rue de Londres, qui ne laisse pas aujourd’hui encore de me rendre perplexe. J’avais, voyez-vous, fixé, oh, quelques secondes à peine, mais avec au cœur une désapprobation dont je ne m’explique plus la cause, le sac d’une femme qui marchait devant moi, juste à la jointure de la bandoulière et de la poche principale. Aussitôt, la bandoulière s’était rompue (qui peut me tancer de ce que, désormais, je détourne pudiquement les yeux quand un avion décolle ?).

 
P.O.L

 

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