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3-Pauline





Ne t’en va pas trop loin au large…

La peur installée dans tes tripes s’imprime, éraillée, sur tes cordes vocales. La mer s’affaisse entre tes cils, une silhouette y danse en symbiose, de plus en plus petite. Tu es sur le sable, il fait chaud sous tes pieds nus, il fait chaud sur ton visage, et déjà là, au fond de toi, tu te souviens, déjà là ce jour-là, des courants sans cesse contrariés qui s’affrontent, s’entrechoquent les uns contre les autres dans ton corps : chaud contre froid, plume contre plomb. Et s’ils ne se limitaient qu’au corps, encore…Mais ils s’infusent dans tes pensées, paralysant le moindre de ses élans. Fétus d’idées, à peines poussées, déjà broyées.

Une main mouillée sur ton épaule, une paume et ses cinq doigts, crispés, qui s’y incrustent. Un cri perçant, presque hystérique dans ton oreille…Colère d’une mère, mélange d’effroi et d’incompréhension. Puis l’étau qui se desserre, le bras qui retombe mollement, qui capitule dans ton dos. Et tout bas, comme un murmure juste pour le sable, parce qu’elle sait bien qu’il est vain de vouloir franchir l’explosion des vagues, d’en atteindre leur frémissement, qu’une paire d’oreilles, dont on ne distingue presque plus rien, a depuis longtemps fait sienne ; juste pour elle, parce que toi. Toi, elle te confond déjà avec le sable, petite clavicule négligeable : «  Qu’est ce que je vais faire de cette gamine.. »



La peur installée dans tes tripes, la peur qui s’empare de ton ventre, la peur par procuration qui te plaque au sol. Et pourtant il fait doux, tu sens la caresse du soleil sur ton visage. Profite-en, mais profite-en bon sang, des journées comme ça. La voix derrière toi est irritée, agressive, pour un peu elle t’en ferait presque oublier la peur. Non, pas oublier, tu t’en souviendrais. Cette peur, elle te colle, elle t’encolle au sol, et cette voix, loin d’égailler en toi la petite pincée de légèreté que la chaleur y a laissé en entrant, cette voix, elle la suspend en plein vol. Qui retombe aussitôt. Et sa poussière s’amalgame, poisseuse déjà, sur le sédiment épais que ne parviennent même plus à brasser tes courants.



A force de regarder le large, tu ne vois plus rien, juste ces pensées emmêlées qui te fossilisent au sol. Plus tard, bien plus tard, alors que la voix derrière toi s’est tue depuis bien longtemps, lasse de t’insuffler son insouciance, son inconscience, son indifférence, tu distingues enfin la silhouette, déjà proche,  qui se laisse dériver, comme à regret, vers le sable gris souillé d’algues. Elle se met en boule, la tête vers le large et déplie ses jambes comme la vague s’écrase puis tout aussitôt l’abandonne au massage du sable en va et vient. Elle se lève, efflanquée, lumineuse, légère devant le sable imbibé de ton ombre, énorme. Et tu la hais pour ça. Sans aucun égard pour ton corps raidi, elle court vers toi et t’enlace. Tu voudrais la repousser de rage vers la mer. Tout en elle te répugne. Ces algues collées, ce sel poisseux et ce sable, surtout ce sable en voile indécent sur son corps qui agace ta peau, tes nerfs à fleur de peau. Mais c’est elle qui  s’écarte de toi, brusquement,  comme un aimant à l’identique mais répulsif.



Une main mouillée sur ton épaule,  calme, apaisée, presque langoureuse, tu te souviens de la peur de ce jour là, comme tu as eu peur de la perdre, ce jour-là et d’autres encore. Tu te souviens comme tu la détestais quand elle riait de ton effroi ou pire, comme cette fois-là, quand elle l’ignorait. Et tu t’étonnes de penser à ça aujourd’hui, quelle ironie, de découvrir que le paroxysme de la peur, celle qui t’a gâché toute ta vie, n’est qu’apaisement, douleur, mais apaisement, sérénité.« Douceur des choses irrévocables ».

 

Une main mouillée sur ton épaule, calme, apaisée, presque langoureuse, et tu comprends soudain, à la recherche des battements habituellement sourds de ton cœur, tandis que le cercueil s’affaisse entre tes cils, sous le poids des fleurs, pourquoi ce jour-là elle t’a repoussé : Le rythme de vos cœurs, désaccordé, l’un empreint du clapotis de l’eau, l’autre de l’emprise de la peur. L’un qui s’égoutte, l’autre qui n’en finit pas de tambouriner.

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S
Merci Sylvie de ton passage et de ta lecturePeu présente sur ces pages en ce moment, désoléeUne bonne année pour toi et tes proches
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S
Ce beau texte me touche aussi. Quelle étrange petite fille. L'amour/haine entre mère et fille est un beau sujet difficile!
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S
Merci Annick. Ton compliment me touche beaucoup
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A
La cruauté maternelle, mêlée d'amour, de moqueries, d'indifférence et malgré tout présente dans les souvenirs : ton texte est très très fort : Bravo !
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S
Bonne année à toi aussi Lily ...Merci pour tes petits passages par ici et pour tes billets qui m'ouvrent de nouveaux horizons littéraires et qui aiguisent surtout mes appétits de lecture et d'écriture.A bientôt ...
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