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Canoute


Elle n’avait que quelques mois quand elle avait franchi le seuil de votre vieille bâtisse. Elle était vive, câline et espiègle, petite boule de poils beiges, petit « guilli sauteur » qui pouvait passer des heures à boxer de ses petits coussinets un bouchon de liège suspendu à un fil.  Un chat de gouttière quoi.

Vous, vous n’aimiez pas trop les chats, enfin, vous ne saviez pas en fait, vous n’en aviez jamais eu, des chats, dans votre tendre enfance, où le troisième enfant de la famille, Ulysse, un cocker noir, n’en raffolait pas plus que ça, des chats, depuis qu’il s’était pris un jour un coup de griffe par un vieux matou peu enclin à suivre ses jeux de jeune chiot fou.


Mais vous aviez cédé. Pour l’homme de votre vie. Heureuse de voir s’allumer dans ses yeux la petite étincelle de l’enfance quand elle venait faire du « piano » sur son vieux pull de chantier.


Elle avait été votre premier enfant commun. Vous lui aviez confectionné un petit lit d’osier à baldaquin (jamais servi), des petits wc privés (où elle pouvait se soulager à sa guise, mais soulagée, vous, vous le fûtes quand elle abandonna sa caisse nauséabonde pour la vaste campagne). Vous lui aviez caché des cadeaux de noël  sous le sapin (si, si !) et affectueusement écrasé du caviar –thon premier choix- dans sa gamelle le 25 décembre. Vous aviez percé votre vieille masure gruyère (un trou en plus ou en moins, de toutes façons ça ne changeait plus grand-chose aux chiffres qui s’étiraient sur la facture d’électricité) pour lui installer une petite porte privée, et, accroupis de chaque côté des battants en plastique, vous aviez passé des heures à lui en expliquer le fonctionnement, tour à tour attendris par les tentatives infructueuses de la p’tite boule de poils et amusés par le ridicule de la situation. Vous l’aviez grondé quand un beau matin, à peine âgée de quelques mois, elle vous avait rapporté, fièrement, son premier trophée : un pauvre petit moineau encore tout chaud.


Puis elle était devenu il à la faveur d’une visite chez son médecin privé. (- C’est une chatte. – Non, c’est un chat. – Mais, non, j’vous dis que c’est une chatte…-Si, si j’vous assure c’est un chat, j’vous rassure, ça arrive même aux plus avertis de mes confrères, j’en  connais un qui à du rebaptiser sa Minnie en Mickey !).


Cannelle était devenu Dali, puis (non, décidément Dali …) Canel, et enfin Canoute pour les intimes.


Un petit copain de jeu en layette était venu agrandir la famille. Jamais un coup de griffe pour ce petit compagnon tirailleur de poils et coupeur d’oreille…Une crème, ce chat…


Puis l’homme de votre vie était parti et vous aviez passé bien des colères sur ce pauvre chat, déjà déraciné de sa campagne natale puisqu’il avait bien fallu quitter ces contrées sauvages pour des horizons plus citadins. Il vous agaçait, miaulait toujours dans vos jambes, grossissait à vue d’œil …


Mais il était là, toujours là, à vous accueillir chaque matin par un ballet de douceur sur vos mollets, à vous accueillir chaque soir sur le trottoir, à croire qu’il reconnaissait entre toutes le son de votre Ford Fiesta.


Chaque soir sur le trottoir…Et ce soir, oui ce soir, vous l’avez vu sur le trottoir. Le temps de refermer votre portière de l’autre côté de la route, de prendre la main de votre fils afin de traverser la route, justement, si passagère…Ce soir…Il n’était pas loin du trottoir mais il semblait dormir sur la route …Oh il n’a sûrement pas souffert, pas de sang, juste sa petite langue qui pendait, juste un gros matou inerte…Où trouver le cœur ? Et les sanglots de son compagnon de jeu à côté…Inconsolable…


Ce soir vous n’aurez pas à le rechercher dans toute la maison pour le pousser gentiment vers son grenier à l’heure tardive où vous allez vous coucher. Ce soir, vous n’apercevrez pas ses deux yeux de feu dans l’obscurité du jardin. Ce soir, vous avez le cœur en vrac pour une boule de poils qui a partagé vos six dernières années, indissociable de votre vie et de celle d’un petit garçon qui a enfin fini par s’endormir, épuisé de chagrin.

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S
Merci Magali Et oui il nous manque ce gros pépère !A quand un p'tit passage en France ?
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M
Je suis désolée pour cette triste nouvelle Sandra. Gros bisous à tous les 2. Je pense à vous, même de loin.....
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L
Je peux comprendre ton désarroi et ta peine...<br /> Ton texte est un bien bel hommage à Canoute... <br /> Merci de nous le faire partager. <br /> A bientôt
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B
très émouvant ton récit , très douloureux mais aussi très beautes parents
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S
Merci Lily pour ce message et tous ceux qui l'ont précédé...Je ne pensais pas être autant attachée à cette grosse boule de poils. C'est très douloureux. Ecrire m'a fait du bien mais il me faudra surtout du temps pour éviter d'y penser, surtout le soir
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