
Je ne connais que deux chanteuses capables de transcender mes moments de joie ou de tristesse : Barbara et Jeanne Cherhal.
Quand j’ai découvert la p’tite Miss par hasard au printemps 2004, ce fut un véritable coup de cœur. Immédiat. J’ai écouté « Douze fois par an » en boucle sur mon autoradio pendant des mois et des mois. J’ai ri au son d’Un couple normal ou des Photos de mariage , j’ai pleuré au son de Douze fois par an ou Des chiens de faïence , et c’est, à ce jour, mon plus beau souvenir de concert. (Ah les larmes versées au son du superbe prologue au piano de Douze fois par an .)
Je traversais alors un moment très difficile de ma vie et elle m’a aidé à devenir libre, à devenir femme à l’instar de « sa femme cachée sous le tissu » dans son dernier album « L’eau », qui vient tout juste de sortir.
L’eau… Etonnant, cette coïncidence, alors que le personnage aqueux de ma Mamée m’a hanté pendant des mois et que je ne désespère pas à nouveau de le faire vivre sous ma plume hésitante.
L’eau, un album que j’ai découvert il y a quelques jours, et qui, à la première écoute, il faut bien l’avouer, m’a quelque peu déçu : Je ne retrouvais pas ma petite Miss, ma petite « affreuse » (dixit Domi qui m’accompagnait à la sortie du concert il y a deux ans) capable de croquer la société avec des traits d’humour bien acérés, avec des textes bien ciselés.
Mais tandis que je mâchais ma déception en écoutant malgré tout en boucle son nouvel album, je me suis peu à peu laissée envoûter par sa voix plus posée, plus fine, plus fragile, par ses arrangements musicaux plus « travaillés » que pour son précédent album. Je me suis surprise à fredonner ses chansons à tous moments de la journée (et mon fils itou, lui qui connaissait presque par cœur à 3 ans Le petit voisin ! ). Et à nouveau, le charme a opéré.
C’est que notre petite peste s’est muée en femme amoureuse, sensuelle, « organique ». Elle se dévoile, elle laisse parler son corps, (Je suis liquide) elle nous livre ses bonheurs, (Tu m’attires - Merci), ses doutes (Voilà – La peau sur les os). Elle nous offre également, à l’instar de la chanson Douze fois par an dans son précédent album, de superbes textes sur la condition féminine (On dirait que c’est normal sur le thème de l’excision et le superbe Le tissu, pour moi la plus belle, la plus émouvante chanson de tout l’album).
Alors, Merci.
Merci Jeanne et à bientôt….
(Encore quelques semaines avant le concert bouhhh)
Je ne résiste pas au plaisir de vous donner à lire
Le tissu
Le balancier des hanches
La poitrine qui penche
Flou souvenir des pleins des creux
Les doigts longs les mains blanches
Disparus sous les manches
Rideau tiré sur les cheveaux
La bouche qu'on enterre
Qui ne doit que se taire
Le monde interdit pour les yeux
Sur ce corps qui s'efface
J'ai regardé en face
L'hypocrisie offerte à Dieu
J'ai attendu attendu
Et je l'ai apperçue
La femme cachée sous le tissu
Elle semblait absente
Sous sa toile de tente
Sous son camouflage aguerrie
Une infime chaînette
La retenait secrète
Prisonnière de son mari
Dans cet avion énorme
Qui survolait les formes
Découpées du golfe Persique
Cette femme-fantôme
Linceul et monochrome
Me rendait triste c'est classique
J'ai attendu attendu
Et je l'ai apperçue
La femme cachée sous le tissu
Depuis Abu Dhabi
Elle gardait l'habit
Intégral et ne parlait pas
Mais surveillait le sol
Qui filait sous le vol
Comme une route sous les pas
Et soudain elle prit
La main de son mari
Il s'était passé quelque chose
Elle arracha le voile
Jeta la longue toile
Et je vis sa métamorphose
Les cheveux libérés
Les genoux desserés
Elle était redevenue femme
Nous venions de franchir
Les portes de l'empire
Et les barrières de sa flamme
Elle embrassa velours
Son mari son amour
Que j'avis pris pour un geôlier
J'ai vu qu'elle était libre
En fragile équilibre
Entre la chaine et le collier
J'ai vu qu'elle était belle
Au nom de toutes celles
Qui n'ont pas pu se délier
J'ai attendu attendu
Et elle est apparue
La femme évadée de son tissu