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1- Benoît





Ca doit sentir bon dehors, le mouillé sur le sec, j’adore. Ca sentait pareil la première fois que je l’ai rencontrée au jardin public. D’habitude, ça me fait plutôt marrer toutes ces coïncidences que la vie dépose à nos pieds. A nos pieds, au dessus de nous, partout, pour qui sait regarder. Parce qu’on peut passer une vie sans en rencontrer. Moi je suis intarissable sur les coïncidences. Je passe mes journées à les glaner et mes nuits à les pétrir, à les tresser bout à bout, jamais rassasié. Mais celle d’aujourd’hui, elle m’est tombée sur la tête, elle s’est plantée dans ma nuque, elle s’est roulée dans ma gorge, elle m’étouffe.

 

Quand j’ai lu l’encart dans le journal ce matin, juste en dessous du bulletin météo, j’ai d’abord cru à une mauvaise blague. Les obsèques religieuses de Madame Simone Fontaine, âgée de 72 ans, auront lieu ce jour jeudi 14 août 2003, à 15 heures, en l’église Saint Hilaire à Asnières sur Vègre, où l’on se réunira. J’ai ruminé ça cinq minutes, incapable de me concentrer sur les mots. Mon mug avait creusé un cercle brun presque parfait sous le carré noir et j’ai essayé de gagner du temps en cherchant un triangle dans la page. J’ai d’abord cru que c’était ça qui avait attiré mon attention sur la rubrique nécrologique : la coïncidence géométrique. Mais rien à faire, mes yeux papillonnaient invariablement entre les deux mots : Orage, Fontaine, Fontaine, Orage.

 

Ca devenait obsessionnel pour nous tous, les mots d’eau, ces derniers jours. On en voyait partout. Un mirage collectif d’assoiffés textuels et d’assoiffés tout court d’ailleurs.  Ca m’rendait dingue cette chaleur, ça devait être ça.

 

J’ai décroché mon téléphone pour appeler Bertrand  et je lui ai demandé de jeter un coup d’oeil page 5 dans le Ouest du jour. Il buvait son café à la terrasse du Pub et je l’ai entendu déglutir avant de me répondre maussadement : Bah quoi, ça va péter, et alors…Tu lis la météo, toi, maintenant !

 

 J’ai dit regarde plus bas et il a ricané……et les rubriques nécrologiques, bah dis donc il est temps que ça pète, t’as les neurones qui fondent, mon vieux…et depuis quand ils font cohabiter les morts avec les nuages, d’ailleurs…

 

J’ai dit Mmmh t’as raison,  oublie, à c’ soir, avant de raccrocher. J’ai fait claquer les feuilles et l’orage s’est calmé quatre pages plus loin au dessus du cimetière : des carrés noirs et des croix, une pleine double page, mais pas une seule Fontaine. Pourtant, page 5 où les doigts moites de ma main gauche étaient restés collés, l’encart ne s’était pas évaporé pour autant. C’est à ce moment là que j’ai remarqué la note, minuscule, en italique : «  ses confrères et amis de l’Observatoire Météorologique du Val de Loir ont la douleur… ». Je l’ai revu ce jour-là, en haut du parc, avec ses bottes et son ciré ; Je l’ai entendu me crier, alors que j’en franchissais les grilles Au fait je m’appelle Simone, Simone Fontaine, la bien nommée, mais tout le monde m’appelle Mamée.

 

Tout le monde, même Bertrand…

 

Je l’ai rappelé. IL n’avait pas bougé, à deux ou trois clopes près. Il m’a écouté puis le silence s’est égoutté dans le téléphone…

 

Merde, tu te rends compte, on a son testament entre les mains, c’était écrit…

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L
Mamée n'arrêtera pas de nous étonner...
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