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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 23:35



C’est à un drôle de road movie que Christian Oster nous invite : trois hommes, trois hommes seuls donc, aussi bancals que l’attelage qu’ils trimballent au fond de leur coffre.

Serge Ganz, le narrateur, reçoit un coup de téléphone de son ex petite amie, Marie, « qu’il ne pratique plus depuis deux ans ». Elle l’invite à venir la rejoindre pour les vacances à Barretone en Corse où elle a refait sa vie, et de lui rapporter une chaise à laquelle elle tient et qu’elle a oublié lors de son départ. Il décide de s’y rendre, accompagné de deux compagnons, Marc, qu’il « pratique seulement depuis trois mois, exclusivement sur un court de tennis » et Kontcharski, un ami de ce dernier, ex funambule de cirque, qu’il ne connaît donc pas encore. Le trio bancal s’embarque donc un beau matin à destination de l’île de Beauté, avec, brinquebalant, calés tant bien que mal dans leur coffre, la petite chaise donc et le câble de Kontcharski dont il ne sépare jamais.

Une histoire banale somme toute mais la petite musique de Christian Oster  a le don de transformer l’ordinaire en extraordinaire. Elle nous invite dans cette voiture, on est derrière, le narrateur se retourne sans cesse pour vérifier qu’il ne nous a pas laissé sur le bord de la route. Et c’est avec nonchalance, désoeuvrement que l’on s’installe en compagnie de ces trois hommes attachants qui apprennent à se « pratiquer » dans le huis clos de ce voyage en voiture, puis sur le ferry qui les mène en Corse.


Christian Oster, que personnellement j’avais déjà « pratiqué » donc dans « Mon grand appartement » aime les anti-héros, les solitaires, les taiseux, ces hommes bancals qui se font quitter, qui se cherchent à tout instant,  épient le hasard, prennent le temps.

 

Son écriture est économe, va à l’essentiel, mêle dialogue et narration , laisse des blancs parfois que le lecteur doit combler, le sourire aux lèvres, qui plus est,  car Christian Oster, mine de rien, manie l’humour à la Prévert, par petites touches, parfois bien hilarantes quand il s’agit par exemple de « savoir comment procéder, lorsqu’on roule à bord d’une voiture dont on ignore la couleur, pour prendre sans sortir de la voiture, connaissance de  cette couleur. » Question cruciale et déterminante pour savoir si la femme du métro est bien celle de l’autoroute, pour Marc,  ou celle de l’abat jour pour Serge !

 

Au bout de ce voyage, ces hommes seuls sont toujours aussi seuls. A moins que. .. Mais le lecteur en tout cas a passé quelques heures délicieuses, calé, brinquebalé entre une chaise et un câble de funambule.

 

un extrait par ici

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commentaires

S
C'est un univers un peu particulier en effet. Finalement je crois que si j'ai beaucoup aimé c'est que je me retrouve pas mal (malheureusement ! ) dans ces personnages bancals, à me poser toujours trop de questions, à traquer le hasard, les coincidences
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F
Je suis en train de le lire mais je n'adhère pas ni au style ni à l'histoire... Mais ton billet éclaire ce roman brillamment !
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