Dimanche 16 mars 2008

reverdy.jpg
















Entendu ce matin sur France Inter, dans l'émission de Sylvie La Rocca " Déjà debout ou pas encore couché" (pour moi, c'était encore couchée mais déjà réveillée, Guilli Sauteur matutinal oblige et projet immobilier qui me trotte dans la tête !), cette très belle citation de Pierre Reverdy :

"C'est au moment même où sa tête rencontra le sol qu'il se rendit compte que son corps était plus lourd que son rêve."

Pierre Reverdy que par ailleurs je ne connais pas..."shame on me"...puisqu'il a finit ses jours à ... Solesmes,  en Sarthe ...où je vis...


1127_1.jpg


Une lacune que je ne vais pas tarder à combler lors de mon prochain passage à la Bibliothèque de Sablé Sur Sarthe, la bien nommée...Pierre Reverdy...bien sûr !

Pierre Reverdy sur esprits nomades




par Sandra B publié dans : Reverdy Pierre
ajouter un commentaire commentaires (4)    créer un trackback recommander
Mercredi 12 mars 2008
18900740.jpg












À Passaic dans le New Jersey, Mike est l'employé de Be Kind, Rewind, le vidéo-club de Mr. Fletcher, son père adoptif. Alors que Mr. Fletcher est parti quelques jours étudier les méthodes de la concurrence, la totalité des cassettes VHS de la boutique est effacée par Jerry, un ami de Mike, qui est devenu « magnétique » en tentant de saboter une centrale électrique. Pour sauver le vidéo-club de la faillite et satisfaire la demande des plus fidèles clients, les deux hommes décident de réaliser à partir de leurs souvenirs les remakes des films « effacés ».

Film hilarant et tendre, entre farce et petit conte...Une ambiance à la " Smoke" ou "Brooklyn boogie"  de Paul Auster, avec une petite pointe de "Cinema paradiso" et surtout de remakes dejantés !!!


La bande annonce


Le site "be kind rewind '" (A l'image du film...)

La critique de Telerama

 
par Sandra B publié dans : Cinéma
ajouter un commentaire commentaires (9)    créer un trackback recommander
Dimanche 2 mars 2008
bjork-debut-wallpaper-8ce43.jpg










Un  peu de folie en ce dimanche de pluie...

It's Oh so quiet  .- Björk
par Sandra B publié dans : Vibrations
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Vendredi 29 février 2008
undefined



 

 

COMME UN PRETEXTE A BOUT DE BRAS, le carnet à spirales dans l’entrebâillement de la porte de la forge le lendemain. Comme un prétexte à votre désertion de la veille, le carnet auréolé des mots de Mamée, tracés à la lumière alternative d’une lampe torche défaillante qu’elle dirigeait maladroitement sur vos genoux.

Sur vos genoux, la même lumière sur le carnet fripé, dans l’ombre puis l’éclat brouillé des éclairs à travers le prisme coloré du vitrail ;  et loin, loin  des regards hagards de vos compagnons de banc, leur euphorie ce jour là, au lendemain d’un tel succès, inopiné, inespéré, loin, si loin des mots de Mamée, à mille lieues d’en saisir leur poésie, à mille lieues de saisir la magie d’une rencontre improbable. Leur parler de Mamée, ce matin là, à quoi bon. Leur parler d’une vieille femme pétillante, de l’odeur de son rire, de ses mots en cascade, très vite, à peine assise près de vous. La veille, sur un banc en bois humide, avec le goût de la douleur dans votre bouche. Vous aviez bien essayé de leur expliquer votre escapade nocturne, de retranscrire l’alchimie d’une rencontre d’un autre âge. Mais à quoi bon. Il vous avait suffit d’évoquer son âge justement, les rides au coin de ses yeux, sitôt salués par une salve de rires ironiques, un peu gras.

Seul Patrice, le bras animé des coups portés sur l’enclume, avait planté son regard dans le vôtre. Les trois autres s’étaient esquivés, à la recherche d’un article dithyrambique, tant clamé la veille au soir par le journaliste aviné. Vous étiez restés tout deux silencieux un court instant, puis il avait posé son marteau comme un homme ôte son chapeau. Pour mieux vous écouter lui parler d’elle.

Seule là bas dans son coffret en chêne. Seul, assis tout près de vous, seul. Quand les souvenirs, trop lourds à trier du hier, du possible, du refus, du déni, s’ancrent encore dans le repli sur soi.

D’où s’extirpent les mots dits ce jour là, enrobés de maladresse, de doute. Aviez-vous rêvé cette rencontre ? Lui aviez-vous donné plus d’importance qu’elle n’en avait eu ?

Après tout…

Après tout, il ne s’agissait que d’une vieille femme un peu excentrique rencontrée la veille au soir au paroxysme de votre douleur, de votre dépit, de votre plaisir gâché. Après tout, il ne s’agissait peut être que d’un léger badinage sur la météo, de l’amour immodéré d’une vieille folle pour l’eau où elle puisait son énergie, flaque après flaque, gorgée après gorgée, gargouillant des mots emplis de poésie qui étaient venus se poser comme un baume sur votre douleur. Et puis son rire, sa candeur à vous parler des nuages, des sources, des fontaines…Simone Fontaine, la bien nommée, vous avait elle crié au petit matin, depuis les grilles du jardin public. Simone fontaine, la bien nommée, mais tout le monde m’appelle Mamée. Frêle silhouette qui disparaît dans l’aube rosissante,  et dans le creux de vos mains, sur un vieux carnet à spirale, quelques uns de ses mots recopiés de concert, à la lueur d’une lampe torche défaillante, comme un phare qui ne fait qu’effleurer la surface d’un profond océan.

D’une écriture hachée, nocturne, mouillée…

 

 Que je la touche du bout du pied, du bout du doigt, de tout mon corps, que je la goûte du bout des lèvres, du bout des dents, de toute ma langue, que je la sente jusqu ‘à l’ivresse, après l’averse sur la sécheresse, que je l’entende en clapotis, ou assourdie, au fond d’un puits, que je la vois trait d’horizon ou petits points d’exclamation, et aussi sec, je suis aqueuse.

 

par Sandra B publié dans : Mamée V2
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
Jeudi 28 février 2008
undefined




ENCORE UN PEU et elle partait à la poubelle, avec de vieux actes notariés dépassés et passés de couleurs. Leurs feuillets craquants et jaunis se déversaient au dessus de la gueule béante du carton.  Mal rasé, en piteux état, on avait, à maintes reprises, pansé ses cicatrices. Tissage savant de papiers collants, gondolés, agglomérés les uns aux autres.

 

Les mêmes feuillets craquants et jaunis sur le prie-Dieu devant vous, un vieux livret d’église. La même odeur aussi, pas besoin de vous pencher pour la sentir, les effluves viennent jusqu’à  vous : un savant mélange de renfermé, d’encens, de froide humidité, de larmes, de sel. Pas envie de le toucher non plus, vous en connaissez trop la texture duveteuse, la poussière qui s’invite sur les mains moites.

 

Ce n’était ni la texture, ni l’odeur pourtant qui avait attiré votre attention. L’odeur, il aurait vraiment fallu avoir le nez dessus, bien dessus, les narines dilatées, pour isoler les vieilles effluves de fixateur du bain dans lequel elle avait été plongée durant toutes ces années : poussière, humidité, fumée de cheminée et surtout, mais on se demande comment elle a pu résister, l’odeur du carton. Et avec ça le nez anesthésié, toutes ces odeurs qui étaient passées en vous, entêtantes, tenaces, heureuses de sauter sur la première venue après tant d’années de réclusion sous la mansarde du grenier. 

 

Non, c’était le bruit, finalement, enfin la gourmandise, plutôt. Comme quoi, ça tient à pas grand-chose des fois, à brasser un carton mou qui pue le vieux. Vous aviez déjà écopé les neuf ou dix précédents, délicatement au début, du bout des doigts, presque feuille par feuille, pour bien vérifier que vous ne jetteriez que du vent, puis très vite à pleine brassées, fatiguée, lasse de ne rien trouver, écoeurée par la poisse qui vous collait aux doigts, pas assez nombreux pour compter, répertorier les dates qui éclaboussaient chacun de ces vieux papiers administratifs. A quoi se résume une vie… En haut à droite. Ou à gauche parfois. En gras, soulignées, en italique. Manuscrite, vieille écriture soignée, avec des pleins et des déliés, soulignée d’un trait fin, net, à la règle, vieille règle en bois. Ecriture illisible, nerveuse, de fonctionnaires irrités, indifférents. En chiffre, en lettre, indéchiffrable parfois, trop serrées, trop passées. A vous en donner la nausée. Sous la date : une adresse, la même toujours, identique année après année,  rue Emile Zola à Bordeaux, et vos souvenirs, à vous, dans cette même maison, quand les dates de plus en plus nettes, avaient l’heur de coïncider avec les vôtres, celles de votre enfance, d’une autre déjà .

 

Alors, celui-là, vous l’aviez jaugé d’un coup d’œil. Plus vieux encore, plus puant que les autres, et vous aviez décidé d’en faire l’impasse. Et puis vous aviez soif, la bouche pâteuse, et faim et vous en aviez marre surtout, de ce tri morbide, et votre mère, comme d’habitude,  qui s’était défilée à la dernière minute. Le carton bien calé sous les seins pour que tout ne dégringole pas dans l’escalier, vous aviez entendu, tout à coup, un bruit de bonbon, de papillote au chocolat. Tout au fond, sous du papier cristal, vous vous étiez retrouvée nez à nez avec votre grand-père.

 

Un vieux monsieur se tourne vers vous et vous sourit de sa bouche édentée. Un voisin, un ami, un amant éconduit ? Qu’importe. Que faites vous ici, le regard ancré sur de vieux feuillets jaunis ? Qui ne vous donneront pas la clé de ce passé volé.

 

Sous la couverture jaunie, sous le papier cristal qui crisse la faim d’un ventre vide et les vieux souvenirs de noël, comme un renvoi qui fait remonter la bile que vous aviez planqué sous une épaisse couche de souvenirs, bien au fond dans votre cuirasse, mais ça remonte toujours ces trucs de gosses…Sous le papier, un vieux cliché en noir et blanc, pas jaunie, la photo, elle, pensez, elle a pas du prendre l’air souvent avec toute la rancœur qu’elle avait contre lui, on n’imagine mal des accès de nostalgie. Une photo de groupe sur un escalier, l’hôtel Regina à Arcachon, Ville d’Hiver, noté d’une écriture soignée derrière. Tout en bas des marches, un couple de jeunes mariés. Elle, vous la reconnaissez immédiatement même si vous n’avez jamais vu de photo d’elle si jeune, c’est votre mère tout crachée, et vous aussi un peu, pouvez pas renier la lignée, une femme, belle, l’allure aristocrate, fière, radieuse, pas encore cette raideur dans le regard. A son bras, un bel homme, brun, front haut, costume sombre, large sourire qui lui barre le visage, yeux plissés par le soleil. Votre grand-père. Votre grand-père, enfin. Guère plus âgée que vous aujourd’hui. Celui dont vous tenez le front et votre goût pour la pluie, vous a-t-on dit, crié si souvent.

 

S’asseoir, se lever, vous avez horreur de ça. Vous n’avez même pas pris le temps de vous dégourdir les jambes, tout à l’heure sur le parvis déserté, cinglé de grosses gouttes d’orage.

Juste à l’heure. Interminable ce voyage, vous avez failli faire demi-tour, plus d’une fois, jusqu’à tourner en rond dans la campagne sarthoise, à deux doigts d’arriver.  Elle doit se retourner dans sa tombe si elle vous voit de là-haut. Faire autant de bornes pour l’enterrement d’une inconnue, vous décider si vite surtout, quand une heure avant le sien, vous ne saviez toujours pas si vous alliez vous y rendre.  

 

Oh c’est sûr, il y avait plus de monde qu’aujourd’hui. La haute bourgeoisie bordelaise, bien sapée, hypocrite à souhait, Eglise Saint-Louis des Chartrons. Troisième enterrement, aujourd’hui, Troisième enterrement en un peu moins de six mois. Faut vouloir quand même, faire autant de bornes par curiosité. Pour apprendre quoi ? Pas grand-chose de plus, une imposture sûrement, et sur lui, rien que vous ne sachiez déjà. Mais l’espoir, le mince espoir de le dessiner un peu plus, de les dessiner ensemble, de comprendre vous-même ce qui vous amène là.

 

Debout, vous prenez le temps de le regarder, à la dérobée. Vous savez trop les regards qui pèsent sur la nuque. Tout à l’heure, c’est comme ça qu’il vous a repéré, vous cherchiez à savoir lequel c’était parmi les trois jeunes, assis deux rangs devant vous.  Il s’est tourné vers vous, la nuque raide. Et ce trouble en vous, immédiat,  de vous reconnaître tout deux, sans mot dire, quand vous ne connaissiez de lui que sa voix. Et son regard à peine marqué par la surprise, léger sourire ou simple frémissement à la commissure des lèvres, vous ne savez déjà plus. C’est comme s’il savait que vous alliez venir, finalement, que vous feriez toute cette route pour elle, pour lui aussi, que vous vous décideriez sur un simple coup de fil, pour ce trouble partagé au téléphone, pour une inflexion de voix, une émotion. Et le partage de deux deuils rapprochés, de deux histoires entremêlées au défi de toute logique, vous le savez, vous. Mais ce besoin de vérifier, malgré tout.  

 

S’asseoir encore, vous vous revoyez vous asseoir sur le carton éventré, la photo à bout de bras, puis l’instant d’après le nez dessus, qui scrutait les moindres détails, comme si une photo, un instant T, c’est idiot vous savez, pouvait vous donner l’explication de toute une vie, agacée par la fine pellicule de papier qui revenait sans cesse recouvrir le cliché, pensez le papier quand il s’est habitué pendant des années, et vous qui n’osiez pas y faire un pli. Dans un bruit de papillote froissée, ces vacances de Noël, vous n’étiez pas vieille, où, la bouche pleine de chocolat, les doigts triturant le papier doré, vous lui aviez demandé pourquoi elle ne s’était jamais mariée avec Pierre, son compagnon. Et elle tout à coup  furieuse, furie, vous postillonnant me parle pas de mariage, j’ai déjà donné. Ton grand-père, c’était…et là c’était presque risible, toutes ces injures à son égard, on aurait dit le capitaine Haddock, vous aviez pensé. Si bien que la première fois que vous aviez entendu parler de lui, ça vous avait fait rire, à l’intérieur. Oh pas longtemps. Vous l’aviez imaginé drôle et un peu marin d’eau douce, forcément, pour être capable de déclencher autant de grossièretés dans la bouche de votre grand-mère, elle d’habitude, enfin vous pensiez si,  …distinguée, et puis c’est devenu nettement moins drôle avec le temps, la boîte de Pandore qui s’était ouverte ce jour-là, et toujours cette colère, ce mépris pour lui, sans aucune explication, ça n’en vaut pas la peine. Ces colères, ces furies répétés juste pour vous, cette persécution en huis clos puis bientôt devant votre mère, mais elle est habituée, pensez, depuis toute petite, à ce mépris du sexe masculin : son père, cet inconnu, son beau-père, négligeable, votre père, on oublie et d’ailleurs il vous oubliera très vite, et vous qui lui en voulez, bien sûr normal,  jusqu’à ce qu’un jour, finalement,  vous compreniez, tellement vous étouffez vous même sous la serre, tellement vous êtes moite et que vous avez peur de pourrir de colère renfermée comme elles, pourquoi un jour il s’est barré sans laisser d’adresse.

 

Dans un bruit de papillote froissée, mais au fond le silence, le vrai, le pur, le calme froid, et là vous ne sentez plus rien, ni la poussière, ni la transpiration, ni ce dégoût de devoir trier les affaires d’une morte, dans la maison du Parc qui réveille tant de souvenirs enfouis, dans la maison au mascaron hideux. Juste la conviction que pour une fois vous irez jusqu’au bout, jusqu’au bout de ce qui naît, là, à l’instant,  au bout de vos doigts : la décision de le retrouver pour lui remettre la photo. La photo, comme un prétexte à bout de bras.


Une précédente version  ici

par Sandra B publié dans : Mamée V2
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus